lundi 15 décembre 2025

Interview de Modeste Boukadia, président du CDRC (première partie)

ToPeSA : genèse, fondements et projet de restauration de l’État

 

Depuis un certain temps, un concept nouveau s’est imposé dans le lexique politique congolais : le ToPeSA. À l’oreille de nombreux Congolais, ce terme évoque immédiatement le verbe lingala topesa, qui signifie « donner ». Cette proximité sémantique alimente interrogations et interprétations: le ToPeSA renverrait-il à une simple invitation morale au « donner et au recevoir », ou s’agit-il d’un projet politique structuré, porteur d’une vision plus profonde pour l’avenir du Congo ?

À l’origine de ce concept se trouve Modeste Boukadia, président du Cercle des Démocrates et Républicains du Congo (C.D.R.C.), qui en est le créateur tout en soulignant sa vocation collective. Face aux multiples lectures parfois approximatives qui circulent autour du ToPeSA, il est apparu nécessaire d’en clarifier le sens, les fondements et les objectifs réels.

C’est dans cette perspective que nous avons adressé à Modeste Boukadia un questionnaire structuré autour de trois axes majeurs, lesquels feront l’objet d’une publication en trois parties distinctes. Il s’agit de: la clarification des fondements idéologiques et de la stratégie politique du ToPeSA ; ensuite, les conditions et préalables à une participation crédible aux élections dans le contexte congolais actuel ; enfin, la manière de faire de la politique hors du territoire national, notamment à partir de la diaspora.

À travers cet échange, il s’agit moins de présenter un slogan que de comprendre une démarche politique de rupture, qui place la restauration de l’État et la refondation de la Nation au cœur du débat politique congolais.

Question: Le ToPeSA a-t-il été élaboré par un groupe d’intellectuels ou est-ce un produit propre au Président Boukadia ?

Réponse: Le ToPeSA n’est ni une construction improvisée, ni le produit d’un cercle fermé d’intellectuels. Il est avant tout le fruit d’une réflexion politique longue, mûrie dans le temps, éprouvée par l’expérience et par l’épreuve, qui remonte aux années 2004.

Cette réflexion a été exprimée publiquement au Congo lors de ma candidature à l’élection présidentielle de 2009, puis réaffirmée à travers plusieurs meetings populaires en 2013. C’est précisément cette démarche de rupture et de transition qui a conduit le pouvoir du PCT à me poursuivre, à me condamner pour « atteinte à la sûreté intérieure de l’État » et à m’incarcérer, aux côtés de vingt-huit membres de notre parti. Cet épisode n’est pas anecdotique : il démontre que le ToPeSA touchait déjà à l’essentiel, à savoir la remise en cause d’un système fondé sur la confiscation de l’État.

Le ToPeSA est donc une pensée politique née de la confrontation directe avec la réalité du pouvoir, et non une abstraction théorique. S’il a été porté initialement par moi, il n’a jamais eu vocation à rester une propriété personnelle. Bien au contraire.

Aujourd’hui, cette réflexion est largement partagée par le peuple congolais, même si elle ne s’exprime pas toujours publiquement. La politique de la peur et de la terreur instaurée dans le pays contraint nombre de nos concitoyens au silence. Mais le silence n’est pas l’adhésion ; il est souvent le signe d’une attente contenue.

C’est pourquoi j’invite les intellectuels, certes, mais surtout le peuple congolais dans son ensemble, à s’approprier le ToPeSA, à en faire leur propre projet, à le nourrir, à l’enrichir et à le faire grandir. Car la restauration de l’État n’est pas un slogan : elle est le socle indispensable de l’union nationale.

C’est à cette condition que pourra devenir réalité le rêve de nos Pères fondateurs : bâtir une Nation pour tous, et non un État confisqué par quelques-uns.

Question: Pouvez-vous expliquer, de manière simple et accessible, quels sont les principes de base du ToPeSA et ce qui le distingue des autres mouvements politiques au Congo ? D’ailleurs, c’est quoi ToPeSA est ce que c’est le verbe donner en lingala ?

Réponse: ToPeSA n’est pas un parti politique. C’est avant tout une démarche politique et institutionnelle. ToPeSA est un cri, celui que pousse les Congolais et congolaises devant la désolation constante de leurs conditions de vie, un cri de ralliement au choix consenti à une vie meilleure par une Transition Politique Structurelle Apaisée pour le salut de l’État c’est-à-dire la TPSA en acronyme ToPeSA. Il a s’agit pour nous de translater sur le verbe topesa, « donner » en lingala qui, symboliquement, rend très bien compte de notre démarche. Il s’agit bien de donner, de redonner quelque chose au Congo : son État.

Notre conviction exacerbée par les faits qui depuis trop longtemps ont émaillé et continuent à s’imposer à notre pays, aux congolais et congolaises est simple : le Congo ne souffre pas d’un manque de leaders, mais d’un État détruit, confisqué et dysfonctionnel et tant que l’État n’est pas restauré, aucune politique publique sérieuse n’est possible.

Le ToPeSA repose donc sur trois principes fondamentaux :

La restauration de l’État comme priorité absolue ;

La légitimité juridique et populaire de toute transition ;

L’unité nationale, au-delà des clans, des ethnies et des appartenances partisanes proclamées.

Ce qui distingue le ToPeSA es donc son point de départ : la plupart des mouvements parlent d’élections, de personnes ou de promesses. Nous, nous parlons d’abord de l’État.

Question: Quels sont les objectifs principaux du ToPeSA et comment ceux-ci se traduisent-ils concrètement dans vos actions politiques ?

Réponse: L’objectif central du ToPeSA est clair : remettre l’État congolais sur pied, immédiatement après la rupture avec le système actuel qui se résume à la seule volonté d’un seul homme, ses enfants et le clan qu’il s’est constitué.

Concrètement, cela signifie :

- travailler à apaiser les tensions ethnocentrées qui servent de paravent à l’accaparement et au dévoiement du destin réconcilié de notre Nation

- rétablir l’autorité de l’État sur les finances publiques ;

- développer un secteur privé qui redonne aux congolais et congolaises le désir d’entreprendre dans leur pays sans être en butte à des vexations et spoliations récurrentes

- garantir le paiement régulier des salaires et des pensions ;

sécuriser les citoyens ;

- reconstruire l’école notamment dans la formation des enseignants et l’élaboration de programmes scolaires, travailler à une politique de santé cohérents au niveau national, travailler à la mise en place effective de la liberté de la justice éloignée de toute influence néfaste, démilitariser la police, restructurer l’armée et travailler à l’efficience de l’administration ;

- créer les conditions réelles d’un développement économique durable avec l’apport de la désimmigration des cadres formés à l’étranger pour mettre à disposition du pays leur expertise.

Le ToPeSA n’est donc pas une fuite en avant, mais une stratégie de responsabilité nationale.

Question: Certains Congolais semblent avoir du mal à saisir le ToPeSA. Quels outils ou démarches pédagogiques utilisez-vous pour rendre ses idées compréhensibles à tous ?

Réponse: Cette difficulté est compréhensible. Les systèmes politiques au Congo, tels qu’ils se sont succédés aux lendemains de notre indépendance et de la proclamation de la République auront, au lieu d’éclairer les congolais et congolaises sur les enjeux auxquels s’étaient ralliés les Pères fondateurs, travailler à la fragmentation méthodique de ce socle acquis de notre unité en tant que peuple et nation issus des vicissitudes de la colonisation. Depuis 1968, ces dérives se sont accentuées.

Le pouvoir actuellement en place qui est une émanation directe de ce dévoiement a volontairement appauvri le débat politique, privatisé les institutions et détruit cette matrice de prise de conscience du peuple qu’est l’école. Quand on prive un peuple d’éducation civique et politique, on complique volontairement sa capacité à comprendre les enjeux réels.

Face à cela, notre démarche est pédagogique.

Nous expliquons le ToPeSA avec des mots simples :

sans État, il n’y a pas de salaires ;

sans État, il n’y a pas de pensions ;

sans État, il n’y a pas de sécurité ;

sans État, il n’y a pas de développement

sans développement il n’y a pas d’avenir.

Nous utilisons les réseaux sociaux, les débats publics, les échanges directs avec les citoyens, la diaspora et les jeunes. Nous privilégions les exemples concrets de la vie quotidienne.

Le ToPeSA n’est pas seulement de l’apanage de compréhension des seuls intellectuels, des juristes ou de la caste de sachants. Il concerne chaque Congolais et Congolaises, parce que chaque Congolais et Congolaises subit aujourd’hui l’effondrement de l’État. L’émergence des bébés noirs dans l’espace public nous interpelle beaucoup en l’espèce.

Notre rôle, en tant que responsables politiques, est d’élever le niveau de compréhension collective, pas de l’exploiter. C’est cela, pour moi, la vraie pédagogie politique.

Réalisée par Serge Armand Zanzala, Écrivain, chercheur, citoyen engagé, Directeur de La Société Littéraire, Initiateur du projet Kongo Ya Sika

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