C’est l’hôpital qui se moque de la charité.
À la suite de votre interview accordée au média en ligne Brut,
nous avons été surpris de vous entendre qualifier vos concitoyens de «
lâches ». Une telle accusation, venant d’un dirigeant qui a érigé la
peur en mode de gouvernance afin de se maintenir
au pouvoir ad vitam aeternam, ne peut qu’interpeller.
Permettez-nous de vous rappeler que, pour beaucoup d’entre nous,
citoyens congolais, l’usage des réseaux sociaux se fait à visage
découvert. Nous parlons en notre nom, sans faux-semblants, car il s’agit
de notre pays, le Congo-Brazzaville, que nous avons en
partage. Insinuez-vous que nous manquions de courage ? Que nous
redoutons les risques, y compris celui de subir la répression de vos
forces ?
Il n’en est rien. Si nous nous exprimons, c’est précisément parce que
les libertés fondamentales, liberté de la presse, d’association, de
réunion, de culte, et même le droit de vivre dignement et sans peur sont
gravement entravées dans notre pays. Face à ces
restrictions, notre plume demeure notre principal outil d’expression.
Elle constitue une arme pacifique mais redoutable contre toute forme
d’autoritarisme. Nous n’avons nul besoin de nous dissimuler pour exercer
ce droit.
S’exprimer sur les réseaux sociaux à propos de la situation de notre
pays ne relève ni de la diffamation ni du dénigrement. Il s’agit d’un
exercice légitime du débat démocratique. Nous sommes tout autant
concernés que vous par l’avenir du Congo, et inquiets
de la dégradation progressive de sa situation.
Vous totalisez aujourd’hui plus de 42 années de pouvoir sur les 65 ans
d’indépendance du Congo-Brazzaville. Un tel bilan impose une évaluation
lucide. Force est de constater que l’état actuel du pays marqué par des
difficultés économiques, sociales et institutionnelles,
interroge profondément votre action à la tête de l’État.
Depuis son indépendance le 15 août 1960, le Congo-Brazzaville aspire à
une véritable émancipation. Aujourd’hui, cette aspiration passe, pour
beaucoup, par un renouvellement de la gouvernance. La société congolaise
a besoin d’un nouveau souffle, tant dans ses
idées que dans ses projets.
Par ailleurs, les perspectives offertes à la jeunesse restent
extrêmement limitées. Malgré des discours répétés, les résultats
concrets se font attendre. Le chômage des jeunes, notamment chez les
18-35 ans, atteint des niveaux préoccupants de 41 %. Cette situation,
dans un pays riche en ressources naturelles, reflète les limites d’une
politique publique qui peine à produire des effets durables.
La question de la gouvernance soulève également des interrogations quant
à la gestion des responsabilités publiques. Les nominations au sein de
l’appareil d’État donnent parfois le sentiment d’une forte concentration
autour de cercles proches du pouvoir, ce
qui alimente un sentiment d’exclusion chez une large partie de la
population.
En outre, les divisions sociales et identitaires semblent s’accentuer,
mettant à l’épreuve la cohésion nationale. La gestion de l’État devrait
pourtant viser à rassembler, et non à fragmenter.
Sur le plan économique, les annonces récurrentes concernant la
diversification et le développement de l’agriculture peinent à se
traduire en résultats concrets. Les ambitions affichées, telles que
l’autosuffisance alimentaire promise depuis plusieurs décennies,
restent encore à concrétiser.
Les infrastructures réalisées, bien qu’importantes en apparence,
soulèvent également des questions quant à leur durabilité et à leur
impact réel sur le développement. Dans ce contexte, de nombreux citoyens
continuent de faire face à des conditions de vie difficiles.
Les réseaux sociaux jouent aujourd’hui un rôle essentiel en permettant
aux citoyens de s’exprimer et de partager des informations. Dans un État
de droit, les désaccords ou les éventuelles dérives doivent être
traités par des voies légales, et non par des restrictions
généralisées ou des mesures de censure.
Enfin, certaines pratiques, telles que les restrictions d’accès à
internet lors de périodes électorales ou l’emprisonnement d’opposants
politiques, soulèvent de vives préoccupations quant au respect des
principes démocratiques.
Votre récente intervention médiatique, marquée par des propos
d’autosatisfaction, n’a pas apporté de réponses nouvelles aux attentes
des citoyens. Elle a plutôt renforcé le sentiment d’un décalage entre le
discours officiel et la réalité vécue par une grande
partie de la population.
Pour paraphraser Alexandre Soljenitsyne nous dirons que « nous savons
que monsieur Denis Sassou Nguesso ment. Il sait qu’il ment. Il sait que
nous savons qu’il ment. Nous savons qu’il sait que nous savons qu’il
ment. Et pourtant il persiste à mentir ».
Dans ces conditions, la question demeure : la lâcheté est-elle vraiment là où vous la désignez ?
………………………………….
Patrice Aimé Césaire MIAKASSISSA
Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire