lundi 11 mai 2026

Monsieur Denis Sassou Nguesso : qui est le véritable lâche ?

C’est l’hôpital qui se moque de la charité.
 
À la suite de votre interview accordée au média en ligne Brut, nous avons été surpris de vous entendre qualifier vos concitoyens de « lâches ». Une telle accusation, venant d’un dirigeant qui a érigé la peur en mode de gouvernance afin de se maintenir au pouvoir ad vitam aeternam, ne peut qu’interpeller.
 
Permettez-nous de vous rappeler que, pour beaucoup d’entre nous, citoyens congolais, l’usage des réseaux sociaux se fait à visage découvert. Nous parlons en notre nom, sans faux-semblants, car il s’agit de notre pays, le Congo-Brazzaville, que nous avons en partage. Insinuez-vous que nous manquions de courage ? Que nous redoutons les risques, y compris celui de subir la répression de vos forces ?
 
Il n’en est rien. Si nous nous exprimons, c’est précisément parce que les libertés fondamentales, liberté de la presse, d’association, de réunion, de culte, et même le droit de vivre dignement et sans peur sont gravement entravées dans notre pays. Face à ces restrictions, notre plume demeure notre principal outil d’expression. Elle constitue une arme pacifique mais redoutable contre toute forme d’autoritarisme. Nous n’avons nul besoin de nous dissimuler pour exercer ce droit.
 
S’exprimer sur les réseaux sociaux à propos de la situation de notre pays ne relève ni de la diffamation ni du dénigrement. Il s’agit d’un exercice légitime du débat démocratique. Nous sommes tout autant concernés que vous par l’avenir du Congo, et inquiets de la dégradation progressive de sa situation.
 
Vous totalisez aujourd’hui plus de 42 années de pouvoir sur les 65 ans d’indépendance du Congo-Brazzaville. Un tel bilan impose une évaluation lucide. Force est de constater que l’état actuel du pays marqué par des difficultés économiques, sociales et institutionnelles, interroge profondément votre action à la tête de l’État.
 
Depuis son indépendance le 15 août 1960, le Congo-Brazzaville aspire à une véritable émancipation. Aujourd’hui, cette aspiration passe, pour beaucoup, par un renouvellement de la gouvernance. La société congolaise a besoin d’un nouveau souffle, tant dans ses idées que dans ses projets.
 
Par ailleurs, les perspectives offertes à la jeunesse restent extrêmement limitées. Malgré des discours répétés, les résultats concrets se font attendre. Le chômage des jeunes, notamment chez les 18-35 ans, atteint des niveaux préoccupants de 41 %. Cette situation, dans un pays riche en ressources naturelles, reflète les limites d’une politique publique qui peine à produire des effets durables.
 
La question de la gouvernance soulève également des interrogations quant à la gestion des responsabilités publiques. Les nominations au sein de l’appareil d’État donnent parfois le sentiment d’une forte concentration autour de cercles proches du pouvoir, ce qui alimente un sentiment d’exclusion chez une large partie de la population.
 
En outre, les divisions sociales et identitaires semblent s’accentuer, mettant à l’épreuve la cohésion nationale. La gestion de l’État devrait pourtant viser à rassembler, et non à fragmenter.
 
Sur le plan économique, les annonces récurrentes concernant la diversification et le développement de l’agriculture peinent à se traduire en résultats concrets. Les ambitions affichées, telles que l’autosuffisance alimentaire promise depuis plusieurs décennies, restent encore à concrétiser.

Les infrastructures réalisées, bien qu’importantes en apparence, soulèvent également des questions quant à leur durabilité et à leur impact réel sur le développement. Dans ce contexte, de nombreux citoyens continuent de faire face à des conditions de vie difficiles.
 
Les réseaux sociaux jouent aujourd’hui un rôle essentiel en permettant aux citoyens de s’exprimer et de partager des informations. Dans un État de droit, les désaccords ou les éventuelles dérives doivent être traités par des voies légales, et non par des restrictions généralisées ou des mesures de censure.
 
Enfin, certaines pratiques, telles que les restrictions d’accès à internet lors de périodes électorales ou l’emprisonnement d’opposants politiques, soulèvent de vives préoccupations quant au respect des principes démocratiques.
 
Votre récente intervention médiatique, marquée par des propos d’autosatisfaction, n’a pas apporté de réponses nouvelles aux attentes des citoyens. Elle a plutôt renforcé le sentiment d’un décalage entre le discours officiel et la réalité vécue par une grande partie de la population.

Pour paraphraser Alexandre Soljenitsyne nous dirons que « nous savons que monsieur Denis Sassou Nguesso ment. Il sait qu’il ment. Il sait que nous savons qu’il ment. Nous savons qu’il sait que nous savons qu’il ment. Et pourtant il persiste à mentir ».
 
Dans ces conditions, la question demeure : la lâcheté est-elle vraiment là où vous la désignez ?
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Patrice Aimé Césaire MIAKASSISSA

Congo-Brazzaville : un gouvernement sous influence familiale

 Congo-Brazzaville : un gouvernement sous influence familiale

 
« La montagne a accouché d’une souris. »
 
Le monde traverse aujourd’hui de profonds bouleversements géopolitiques, remettant en cause les équilibres hérités de l’après-Seconde Guerre mondiale, notamment en matière de droit international et de respect des droits humains.
 
Pendant ce temps, au Congo-Brazzaville, monsieur Denis Sassou Nguesso poursuit une gouvernance marquée par une forte concentration du pouvoir. Le gouvernement se caractérise par la présence notable de membres de son entourage proche : enfants, gendres, alliés politiques et militaires, membres de sa famille ou encore compagnons de longue date. Cette configuration alimente les critiques d’un système reposant sur le favoritisme et une logique clanique.
 
De nombreux observateurs dénoncent également une concentration des postes ministériels stratégiques, régaliens, entre les mains d’un même groupe ethnique, perçue comme une forme de repli identitaire préoccupant pour la cohésion nationale.
 
Comme le dit l’expression, « on prend les mêmes et on recommence ». Mais pour quels résultats ?
 
Le peuple congolais, confronté à des difficultés persistantes, peine à percevoir les effets positifs d’un gouvernement dont plusieurs membres occupent des responsabilités depuis de nombreuses années. Les remaniements successifs s’apparentent souvent à un simple jeu de chaises musicales, sans réelle transformation en profondeur. Cette situation donne parfois l’image d’une scène politique désorganisée, où les décisions manquent de cohérence.
 
À bien des égards, certains estiment que le pays fonctionne davantage comme une monarchie de fait que comme une république, concentrant le pouvoir autour d’un cercle restreint. Une telle évolution interroge : faut-il s’y résigner ?
 
La réponse ne peut être que négative. La République, « res publica », appartient à tous. Elle ne saurait être confisquée par un groupe de tribu, quel qu’il soit. Des comparaisons sont parfois établies avec d’autres régimes autoritaires, comme celui de François Duvalier et de son fils en Haïti, pour souligner les risques d’une gouvernance personnalisée et durable.
 
Le peuple congolais, marqué par les épreuves de son histoire, notamment la guerre civile sanglante du 5 juin 1997 avec 400 000 morts, observe avec inquiétude l’évolution de son pays. Mais l’histoire montre que les régimes autoritaires ne se maintiennent que tant qu’ils rencontrent une forme de résignation.
 
La situation actuelle peut apparaître comme un véritable nœud gordien. Et comme le rappelait Albert Einstein : « On ne peut résoudre un problème avec le même mode de pensée qui l’a engendré. »
 
Le défi est donc celui du renouveau : un leadership capable de dépasser le statu quo, fondé sur l’unité, le travail et le progrès. Le Congo-Brazzaville, notre pays, ne souffre pas d’un manque de ressources, mais d’un déficit de gouvernance, de justice sociale et de renouvellement d’une classe politique sclérosée.
 
Il revient à chaque Congolaise et à chaque Congolais de s’interroger sur l’avenir souhaité : quel sens donner à notre engagement collectif, et quel pays voulons-nous léguer aux générations futures ?
 
L’heure est à la refondation du pays dans laquelle chacun de nous apportera sa pierre à l’édifice Congo qui ne saurait être un mur de maçons mais un pont entre les citoyennes et les citoyens muent par un idéal commun de solidarité et de vivre ensemble.
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Patrice Aimé Césaire MIAKASSISSA