
ToPeSA pour le Congo nouveau et des relations diplomatiques et des partenariats renouvelés
Dans cette nouvelle contribution au débat national autour de l’initiative ToPeSA, je propose une réflexion sur les blessures historiques, politiques et humaines qui continuent de traverser la société congolaise, dont certaines pourraient relever d’investigations de la justice internationale. Au-delà des divergences, des responsabilités à établir et des débats qu’elles suscitent, j’appelle les Congolaises et les Congolais à engager un effort collectif de vérité, de justice, de réconciliation et de reconstruction nationale. Mon ambition est de contribuer à jeter les bases d’un Congo nouveau, uni, souverain et attractif, fondé sur une décentralisation administrative et financière effective des régions, afin de libérer les énergies locales, renforcer la cohésion nationale et favoriser un développement équilibré du territoire. Ce Congo nouveau devra également être capable de bâtir des partenariats internationaux renouvelés, fondés sur le respect mutuel, la confiance et l’intérêt partagé.
Dans ma dernière analyse publiée le 30 juin 2026 sous le thème « ToPeSA : dépasser nos peurs pour construire la Nation », j’affirmais qu’il arrive parfois qu’une simple scène résume le destin d’un peuple.
Je reprends cette illustration :
- « Fungola makolo mpo mwana abima » (Ouvre les cuisses pour que le bébé sorte !)
- « Te, nakoki kofungola makolo te, Papa azali awa » (Non, je ne peux pas les ouvrir, Papa est là.)
Cette image, aussi simple qu’elle puisse paraître, contient une part essentielle de la solution permettant au Congo de s’en sortir, aussi bien sur le plan intérieur que dans ses relations avec l’extérieur.
Le peuple congolais a exprimé, le 15 mars 2026, par une abstention massive, une profonde aspiration au changement. Au-delà des lectures partisanes, ce signal politique traduit également le rejet d’une certaine conception du pouvoir, de sa transmission et de sa perpétuation. Il est temps d’entendre ce message.
Depuis des années, nous attirons l’attention sur une réalité incontournable : aucun groupe ethnique, aucune région, aucun parti politique, pris isolément, ne peut prétendre apporter seul les solutions aux difficultés du Congo. Notre pays est profondément fragmenté, marqué par les blessures de l’histoire, les méfiances accumulées et les préjugés hérités de décennies de divisions politiques et sociales.
J’ai également, depuis longtemps, plaidé pour une refondation des relations entre l’Afrique et la France, ainsi qu’entre le Congo et la France. Car les Africains d’aujourd’hui ne sont plus ceux des indépendances des années 1960. La jeunesse africaine aspire à la justice, à la liberté, à la souveraineté et à un partenariat international fondé sur le respect mutuel, loin de toute forme de paternalisme.
Le Congo porte encore les stigmates de nombreux drames humains, politiques et militaires qui ont profondément marqué sa mémoire collective. Des violations graves des droits humains ont été dénoncées au fil des décennies. Des prisonniers politiques ont perdu la vie, comme Marcel Tsourou. D’autres personnalités continuent d’incarner, aux yeux d’une partie de l’opinion nationale, des questions non résolues concernant la justice et la réconciliation nationale, à l’instar du général Jean-Marie Michel Mokoko ou d’André Okombi Salissa.
Des événements tragiques ont également marqué la vie politique congolaise, notamment le décès de Guy Brice Parfait Kolélas pendant la campagne présidentielle de 2021, suscitant encore aujourd’hui de nombreuses interrogations au sein de la société congolaise.
Plus récemment, le décès de l’ancien vice-Premier ministre Firmin Ayessa a, lui aussi, ravivé des questionnements et des réflexions au sein de l’opinion publique. Aujourd’hui, les débats autour de la démission de Jean-Dominique Okemba tendent à occuper le devant de la scène politique, au risque d’éclipser les véritables enjeux auxquels le Congo est confronté.
Pourtant, le message exprimé par une forte abstention lors du scrutin du 15 mars 2026 a été interprété par de nombreux Congolais comme le rejet d’une certaine conception de la succession du pouvoir. Cette réalité politique mérite d’être entendue. Aucun partenaire extérieur, y compris la France, ne saurait durablement s’inscrire en contradiction avec les aspirations profondes du peuple congolais sans prendre le risque d’accentuer la distance entre les peuples et leurs partenaires.
L’histoire contemporaine du Congo reste aussi marquée par le drame des Disparus du Beach, par les violences des conflits armés successifs et par les nombreuses victimes civiles recensées au cours des décennies de crises politiques et militaires. Les rapports nationaux et internationaux produits à différentes périodes témoignent de l’ampleur des traumatismes qui continuent de peser sur notre conscience collective.
L’assassinat du président Marien Ngouabi et celui du cardinal Émile Biayenda demeurent également parmi les blessures les plus profondes de notre histoire nationale, dont les conséquences politiques, sociales et psychologiques continuent d’alimenter les interrogations et les divisions.
Face à cette histoire douloureuse, une évidence s’impose : le Congo ne pourra construire son avenir sans regarder son passé avec courage. Cela ne signifie ni vengeance ni règlement de comptes. Cela signifie vérité, justice, reconnaissance des souffrances, mémoire partagée et volonté collective de dépasser les fractures.
Nous devons avoir le courage, aussi difficile soit-il, de regarder ensemble notre histoire en face, d’assumer nos responsabilités individuelles et collectives, de reconnaître nos blessures respectives et de nous accepter enfin comme des Congolais à part entière.
Cependant, les Congolais ne veulent plus des intrigues de palais, des rivalités de clans ni des divisions entretenues pour détourner le peuple des véritables enjeux nationaux. Près de cinquante années de gâchis politique, économique, social et humain constituent un lourd tribut payé par notre Nation.
Il est désormais temps de sortir définitivement de la politique des slogans, inaugurée par le célèbre « Vivre durement aujourd’hui pour mieux vivre demain », sans que le peuple n’ait jamais su quand arriverait ce fameux lendemain. Ce lendemain doit commencer maintenant.
Le moment est venu d’opérer le grand virage vers le Congo nouveau. Tel est le choix historique que je propose aux Congolaises et aux Congolais, mais également à l’ensemble de nos partenaires internationaux : celui d’un Congo réconcilié avec lui-même, capable de transformer ses blessures en force collective et son histoire en projet d’avenir.
C’est à cette condition que nous pourrons entreprendre ensemble la traversée vers le Congo nouveau.
Ce Congo nouveau devra être un Congo réconcilié avec lui-même, uni dans sa diversité, fort de ses institutions, respectueux des libertés publiques et capable d’offrir à sa jeunesse des perspectives de dignité, d’emploi et d’espérance, afin qu’elle puisse s’émanciper, s’épanouir, réussir sa vie et ne plus être condamnée à vivre éternellement chez papa et maman faute d’avenir.
Ce Congo nouveau devra également bâtir des relations internationales renouvelées, fondées sur la souveraineté, le respect mutuel, la transparence et l’intérêt partagé. Aucun pays ne se développe seul. Le Congo aura besoin de ses partenaires historiques, de nouveaux partenaires stratégiques et d’alliances multiples pour réussir sa reconstruction économique, sociale, institutionnelle et culturelle.
La France, comme l’ensemble des partenaires internationaux du Congo, est appelée à comprendre que l’Afrique contemporaine aspire désormais à des relations équilibrées entre partenaires égaux, fondées sur le respect des peuples et de leurs aspirations.
Dès le 5 mai 2022, lors de l’émission L’Intégrale sur la radio Art-Mada, j’appelais la France à tourner la page des logiques héritées du passé pour ouvrir une nouvelle ère de coopération avec l’Afrique. Les évolutions géopolitiques observées aujourd’hui sur le continent démontrent que les peuples africains recherchent désormais des relations internationales fondées sur la souveraineté, le respect mutuel et des partenariats équilibrés.
Le défi qui se présente à nous est immense. Mais il est aussi historique.
ToPeSA propose précisément cette ambition : construire un Congo nouveau, réconcilié avec son histoire, réuni dans sa diversité, ouvert sur le monde et capable de nouer des relations diplomatiques et des partenariats renouvelés au service exclusif du peuple congolais.
Car au-delà de nos différences, de nos blessures et de nos divisions, nous partageons une même responsabilité : transmettre aux générations futures un héritage : le Congo nouveau.
ToPeSA pour le Congo nouveau et des relations diplomatiques et des partenariats renouvelés.
ToPeSA
Modeste Boukadia
Président du CDRC – Une Nation pour Tous
Initiateur de ToPeSA
Le 02 juillet 2026 – Mis en ligne : 18h21