jeudi 30 mai 2013

[Afrique/Côte d'Ivoire] Pr Mamadou Koulibaly : "Que les élites africaines cessent de croire qu'il faut avoir des entrées à l'Elysée pour être élu président"



Mamadou Koulibaly : "Que les élites africaines cessent de croire qu'il faut avoir des entrées à l'Elysée pour être élu président"
par LIDER - Liberté et Démocratie pour la République (CI) (Articles), mardi 28 mai 2013, 19:35
Mamadou Koulibaly, président de LIDER dans le quotidien camerounais Mutations:

«Que les élites africaines cessent de croire qu’il faut avoir des entrées au Quai d’Orsay ou à l’Elysée pour être élu président en Afrique.»

Homme politique, universitaire, idéologue, en visite au Cameroun, l’ancien président de l’Assemblée nationale de Côte d’Ivoire et actuel président de LIDER (Liberté et Démocratie pour la République), parti politique qu’il a fondé le 14 juillet 2011, nous livre sa vision de l’Afrique et de la Côte d’Ivoire.
Par Boris Berlolt | Mutations | 28 mai 2013

Quelles sont les raisons de votre visite au Cameroun ?

J’ai constaté qu’il y a à nouveau de la croissance économique dans les pays africains après une période de crise qui a fait croire que l’on était perdu. Cette croissance a repris, notamment grâce à la part très importante que les Chinois jouent dans l’économie africaine. Cependant, il s’agit d’une croissance principalement fondée sur l’exploitation des ressources naturelles, ce qui était déjà le cas dans les années 60, au sortir des indépendances. Il faut éviter que l’on s’achemine vers des croissances appauvrissantes. C’est la raison pour laquelle j’ai été invité par la Fondation Paul Ango Ela, afin que l’on puisse discuter de la notion d’émergence. La question fondamentale est celle de savoir qu’est-ce que l’émergence et comment faire pour que l’émergence ne soit plus un leurre que les gouvernants font souvent miroiter à leurs populations alors que dans les faits, ils s’en éloignent un peu plus chaque jour. L’émergence ne se décrète pas. Il y a un cadre, des institutions, des mécanismes qui font que des pays deviennent sans contestation possible des économies de marchés émergents.

Que penser dès lors des chiffres ?

Je ne suis pas impressionné par les chiffres qui parlent de croissance, dans la mesure où il s’agit d’une croissance appauvrissante. La source de ces chiffres ne se trouve ni au niveau des entreprises, ni au niveau de la consommation des ménages, mais plutôt au niveau du budget de l’Etat, qui est financé par l’aide publique au développement et l’exportation des matières premières qui augmentent le produit intérieur brut des Etats. Cependant, parallèlement, alors que les chiffres de la croissance sont en hausse, les populations deviennent chaque jour un peu plus pauvres, parce qu’il n’y a pas de création d’emploi et le taux d’épargne dans les différents pays baisse. C’est dangereux parce que les jeunes et les populations qui sont affectées par le chômage et la pauvreté ont le sentiment que les ressources sont détournées.

S’agissant des chiffres, on parle effectivement d’une croissance de plus de 8% en Côte d’Ivoire. Qu’en est-il effectivement ?

Si on regarde les chiffres, les performances sont réelles. Mon problème, c’est que la croissance ne peut conduire à l’industrialisation ou à l’émergence que si elle arrive à faire émerger des économies marchés, de l’entreprenariat direct. Sinon, si comme cela est le cas en Côte d’Ivoire, l’action n’est soutenue que par l’Etat, on a des Etats riches et des peuples pauvres. Une situation qui peut aboutir à des conflits à tout moment.

Vous dites donc que vous ne croyez pas en la croissance qui est brandie, dont certains médias font grand écho avec l’objectif caché de présenter un autre visage du pouvoir Ouattara ?

Je maintiens et je répète que le chiffre de 8,9% n’est pas faux. Ce qui m’intrigue, c’est que quand on dit qu’un pays fait de la croissance, c’est sur le Pib que cela se calcule. Ce qui est curieux c’est qu’en Côte d’Ivoire, avant que les entreprises qui sont au cœur du calcul de ce Pib n’aient déclaré officiellement leurs valeurs ajoutées, le gouvernement a déjà donné le Pib. C’est ce qui est louche dans le chiffre actuel. L’on fait croire qu’il y a croissance, alors que l’on n’est pas en possession des chiffres qui permettent le calcul de cette même croissance. Un second élément et pas des moindres, est que cette croissance se fait parallèlement avec l’augmentation de la pauvreté. Tenez. L’institut national de la statistique (Ins) a corroboré les chiffres du bureau international du travail (Bit) qui indiquent que le chômage a augmenté pour atteindre maintenant plus de 4 millions de personnes en Côte d’Ivoire. C’est dire que notre croissance crée des chômeurs. L’on constate également aisément la baisse du niveau de vie et du pouvoir d’achat des ménages, qui sont obligés de casser leur épargne pour joindre les deux bouts.

Est-ce à dire que la situation n’a pas beaucoup évolué au-delà des déclarations du Fonds monétaire international sur le décollage économique de la Côte d’Ivoire ?

En fait, la crise post électorale avait simplement fait chuter l’économie qui commençait à se relever depuis la tentative de coup d’Etat de septembre 2002. Nous sommes en train d’atteindre aujourd’hui le niveau de 2009. Lorsqu’on s’assied et l’on regarde les chiffres par rapport à 2010 et 2011, on voit une augmentation. Mais, quand on les compare avec ceux de 2009, c'est-à-dire sous Laurent Gbagbo, on est au même niveau. Pour résumer notre situation, il s’agit d’un pays malade, tombé en chute libre qui se relève progressivement.

Laurent Gbagbo est la Cour pénale internationale depuis bientôt deux ans, est ce que vous lui avez rendu visite ?

Non, et je ne pense pas qu’il l’ait sollicité. Nous ne sommes plus en contact.

Comment expliquez cela, vous qui avez été l’un de ses plus proches collaborateurs et un idéologue du Front populaire ivoirien (Fpi) ?

J’ai été chassé du Fpi. Alors que j’en étais le président intérimaire et que je cherchais à remobiliser les troupes en restructurant la machine et procédant à un bilan, afin de ne plus répéter les erreurs qui nous avaient conduits dans le mur, l’on m’a fait savoir qu’ «on n’attache pas bagages avec Dioula» et que je n’avais pas le droit de reformater le parti pour en faire une force d’opposition debout contre Ouattara tant que Gbagbo était en prison. Les dirigeants du Fpi ont choisi de s’enfermer dans leur sectarisme et de ne rien faire tant que Gbagbo n’est pas libéré. Je leur ai expliqué qu’on ne savait combien de temps il resterait en prison, j’ai pris l’exemple de l’Afrique du Sud, en leur disant que si l’Anc avait attendu la libération de Mandela pour se restructurer et continuer le combat, ils se seraient assis sur leurs talons pendant au moins 27 ans. Je leur ai démontré qu’il fallait que nous nous remobilisions par cercles concentriques, parce que c’était nos actions qui allaient permettre de faire libérer nos camarades, et que ce n’était pas à ceux qui étaient enfermés à Korhogo, Bouna, Boundiali de venir nous sauver, mais plutôt le contraire, mais l’on m’a répondu qu’ «en l’absence du créateur, on ne touche pas à la créature». Moi, je n’ai pas l’habitude de rester les bras ballants face à l’adversité. Je trouve les actions entreprises par le nouveau régime en Côte d’Ivoire trop destructrices pour laisser Ouattara sans opposition et sans contrepouvoir fort en face de lui. J’ai crée le parti LIDER et depuis, nous avons repris le flambeau de la lutte pour un retour à l’état de droit, pour réconcilier les populations, pour critiquer le gouvernement quand il déraille ou est dans l’erreur, pour exposer ses mensonges institutionnels et pour proposer des alternatives efficaces aux Ivoiriens.

Que pensez-vous du régime Gbagbo ?

C’est dommage. Il y a des choses que beaucoup de gens ne savent pas. Le Fpi a gouverné, mais n’a pas gouverné seul. Pendant dix ans, Gbagbo était sur le fauteuil et Ouattara gouvernait. C’est cela qui est la vérité. Le Fpi n’a jamais géré la Côte d’Ivoire seul. En 2002, Alassane Ouattara, qui n’était pas d’accord avec les résultats de l’élection présidentielle et les résultats des législatives et municipales, a crée la rébellion. Après les différents accords signés depuis Marcoussis jusqu’à Ouagadougou en passant par Lomé, Accra, Pretoria, des ministres du rassemblement des républicains (Rdr) d’Alassane Ouattara et du parti démocratique de Côte d’ Ivoire (Pdci) sont entrés au gouvernement, ainsi que des rebelles. Et chacun ne répondait qu’à sa hiérarchie politique. Après la guerre, tous les chefs rebelles ont d’ailleurs été nommés, soit dans l’armée, soit dans le corps préfectoral. Ouattara  a partagé le pays parce que les anciens rebelles l’exigeaient. Ce n’est plus un secret, c’est lui qui a fait la tentative de coup d’Etat en 2002 puis qui a organisé la rébellion. La Côte d’Ivoire a été partagée comme un gâteau. Tout ce que la Côte d’Ivoire a fait entre 2002 et 2010, c’était tout ce que Ouattara voulait.

Dès lors, vous étiez la deuxième personnalité du pays, en tant que président de l’Assemblée nationale, pourquoi vous n’avez rien fait ?

Dans les régimes présidentiels, il n’y a pas de numéro 2 du régime. Le décompte commence au numéro un et s’arrête au numéro 1. Seul le président de la République décide, le parlement n’a qu’un rôle protocolaire. Cependant, j’ai refusé de plier dès Marcoussis, mais Gbagbo a dit que c’était un médicament amer qu’il fallait l’ingurgiter pour avoir la paix. Malheureusement, Gbagbo a laissé faire tout et n’importe quoi, parce qu’il pensait que c’était le meilleur moyen de montrer sa bonne foi. L’aile lucide du parti, dont j’étais le chef de file, a été présentée comme l’aile dure et mise ainsi à l’écart. A chaque fois que je me suis opposé, certains cadres du parti allaient dire que je ne voulais pas la paix ou que je contestais son autorité. Gbagbo gouvernait par ordonnances, comme Ouattara aujourd’hui. Le résultat c’est que non seulement il n’a pas eu la paix, mais, aujourd’hui, il est en prison, laissant le pays dans le chaos, l’incertitude, entre les griffes des différentes mafias qui ont gangréné l’Etat. Nous savions depuis longtemps que c’était Ouattara qui avait réellement le pouvoir. Le Rdr est au pouvoir depuis dix ans. Ses ministres ne répondaient que de lui.

De manière concrète, quels étaient vos rapports avec l’ancien président, Laurent Gbagbo ?

A la fin du règne, il y avait quelques incompréhensions liées à la manière dont le pays était gouverné. Les tensions sont véritablement apparues lorsque j’ai compris qu’il y avait une sorte de laissez-allez au sein du parti. Certains cadres avaient des pratiques qui étaient peu conformes à l’éthique. Nominations dans les administrations, parrainage de leurs enfants dans les grandes écoles, corruption. Lorsque j’ai essayé d’en parler, l’on m’a menacé.

Est-ce que vous en voulez à Laurent Gbagbo ?

Non. Je ne saurais lui en vouloir. Je regrette simplement que nous n’ayons pas réalisé les rêves que nous avions partagés avec les jeunes Ivoiriens et les jeunes Africains. C’est ce qui m’embarrasse le plus. Cela peut laisser penser que nous avons embarqué des gens dans une aventure dont nous ne maîtrisions pas l’issue.

Est-ce que vous aviez les moyens ?

Oui, nous avions les moyens. Le budget de l’Etat était en augmentation chaque année depuis 2002. Cela veut dire qu’il y avait de l’argent dans les caisses et nous aurions pu réaliser nos ambitions. J’ai proposé dès le début de la crise que nous puissions définir une politique tel que ce fût le cas entre Berlin-Ouest et Berlin-Est. C'est-à-dire, comme la Côte d’Ivoire était divisée entre le Nord sous contrôle rebelle et le Sud sous contrôle gouvernemental, il était important que nous puissions massivement investir au Sud, dans l’amélioration des conditions de vie des citoyens, la promotion des droits de l’homme, l’amélioration des infrastructures, de telle sorte que les citoyens du Nord puissent être envieux à l’égard des citoyens du Sud. Si nous avions travaillé dans ce sens, nous aurions gagné en légitimité. Mais rien n’a été fait. La primature et la présidence étaient en rivalité pour savoir qui allait gaspiller le plus. Nos chantiers ont été abandonnés, pendant que les hommes du système s’enrichissaient et faisaient perdurer la crise plus que nécessaire.

Vous aviez l’argent, vous aviez des ambitions. Qu’est-ce qui a donc causé problème ?

Plusieurs partis politiques, entre autre le Rdr, le Fpi et le Pdci participaient au gouvernement.  Leurs principaux objectifs à chacun étaient de gérer des portefeuilles et rien d’autre.  Cette situation avait été voulue par l’accord de Marcoussis, qui portait atteinte à la souveraineté de la Côte d’Ivoire. Je l’ai rejeté et j’avais dit qu’il fallait mettre les rebelles à leur place de rebelles. L’on ne m’a pas écouté. Par la suite, l’Etat a été transformé en Etat néo-patrimonial, que les différentes formations et acteurs politiques géraient au mieux de leurs intérêts personnels, familiaux et claniques. Le programme de gouvernement pour lequel nous avions été élus en 2000 n’intéressait plus personne, même pas au sein du Fpi où les quelques irréductibles qui tentaient de rappeler leurs camarades à l’ordre étaient sommés de se taire ou faisaient office de trouble-fêtes.

S’agissant de la crise post-électorale, des zones d’ombres persistent sur un ensemble d’éléments ?

Il n’y a pas vraiment de zones d’ombre. Le président Gbagbo a cédé son pouvoir lorsqu’il a piétiné le travail effectué par l’Assemblée nationale depuis Marcoussis en signant les accords de Pretoria. C’était une énorme erreur tactique, d’autant plus que la médiation du président Thabo Mbeki aurait dû nous inciter à plus de prudence. Nous étions divisés sur la méthodologie qu’il utilisait. Le président Mbeki nous a dit : «Donnez tout ce que vous pouvez, acceptez tout et puis après, j’en fais mon affaire». Je n’étais pas pour cette approche. Je préconisais plutôt le donnant-donnant : les rebelles font un geste, l’Etat fait un geste. Mais nous avons suivi le médiateur sud-africain, et lorsque que l’Etat a tout accepté et tout donné, les rebelles ont envoyé valser M. Mbeki sans que celui-ci ne frappe du poing sur la table ou n’use de tous ses pouvoirs pour leur faire tenir leurs engagements. Il s’est laissé éjecter du processus sans un mot, après avoir tout obtenu de l’Etat de Côte d’Ivoire et rien obtenu des rebelles. A cela s’ajoute le fait que Gbagbo ait refusé de porter plainte contre la France après les événements de novembre 2004 et qu’il ait accepté d’aller aux élections sans désarmement préalable, alors que cela était clairement stipulé dans l’accord de Ouaga. Il a commis une succession des fautes graves et n’a pas tiré les leçons de celles qui précédaient.

A-t-il gagné les élections ?

Je ne suis pas le juge des élections. Mais si je ne m’en tiens qu’au résultat, je dirais non. Gbagbo a lui-même, une nouvelle fois, mis la Constitution ivoirienne de côté pour faire appel à un panel de chefs d’Etat africains afin de trancher la question de la victoire électorale. Il a indiqué que la décision de ce panel s’imposerait à tous et que si le panel déclarait qu’il avait perdu, il quitterait le pouvoir. Et le panel a conclu qu’il a perdu les élections.

Quel est le rôle de la France et de l’Onu dans la guerre en Côte d’Ivoire ?

Le France a joué le rôle qu’on lui a donné dans la crise ivoirienne. J’ai toujours dit à mes camarades qu’ils ne peuvent pas dire «oui» à chacune des étapes et venir dire «non» à la fin. En acceptant les accords honteux de Marcoussis, nous nous sommes engagés dans un tunnel avec une seule issue possible. J’ai claqué la porte de Marcoussis parce qu’il m’était intolérable de voir M. Mazeaud, alors président du conseil constitutionnel français, mettre des rebelles sur un pied d’égalité avec l’Etat de Côte d’Ivoire. En novembre 2004, j’ai préparé l’opération Dignité et lorsqu’avec nos hommes, nous avions mis en déroute la rébellion et exposé la forfaiture de la France à la face du monde après que 63 civils ivoiriens aux mains nues aient été tués par la force Licorne, Gbagbo a catégoriquement refusé de mettre un terme à la crise en portant plainte contre la France à la Cour Internationale de Justice, préférant plutôt faire l’apologie de l’armée française en soulignant à tout va son action positive. Gbagbo Laurent a été le meilleur défenseur de la France dans la crise ivoirienne. Il a tout donné aux Français. Il a renouvelé les concessions de l’eau et de l’électricité à son ami Martin Bouygues, de gré à gré. Pareil pour la téléphonie, qu’il a redonnée hors toute procédure légale à France Télecoms. Il a offert le terminal à conteneurs du port d’Abidjan à Bolloré, sans appel d’offres. Il a offert la construction des chantiers de Yamoussoukro à Fakhoury, en allant même jusqu’à lui donner des puits de pétrole. Malgré toutes nos mises en garde, il a confié l’élaboration et la gestion du fichier électoral à la Sagem. Sa campagne a été conçue et gérée par Stéphane Fouks, d’Euro RSCG. Un de ses principaux financiers était Bolloré. Il a confié ses sondages à la Sofres, entreprise française. Entre les deux tours, Gbagbo s’est même empressé d’octroyer des blocs pétroliers à la frontière du Ghana au groupe Total, comme ça, cadeau. Dans son livre de campagne de 2010, il fait l’apologie du franc Cfa, allant même jusqu’à écrire que s’il gagne les élections, il ira convaincre le Ghana, le Nigeria etc. de rejoindre la zone franc. Alors, une fois qu’on a fait tout cela, peut-on vraiment s’offusquer de l’ingérence française en Côte d’Ivoire ? Gbagbo a offert la Côte d’Ivoire à la France.

Que pensez-vous du franc Cfa aujourd’hui ?

Le franc Cfa est une monnaie inique, hier comme aujourd’hui. Toutes les économies de marchés émergents ont leurs propres monnaies et sont connectées au reste du monde par des taux de change flexibles. Tant que nous ne romprons pas avec le Cfa et ses mécanismes protectionnistes qui ne bénéficient qu’à la France, nous n’aurons ni prospérité, ni émergence. Je crois qu’au Cameroun, les gens commencent à bien comprendre à quel point cette monnaie est malsaine. Chaque fois qu’un pays de la zone franc vend quelque chose, la moitié des recettes est placée sur un compte d’opération auprès du Trésor français, dont la gestion est des plus opaques. C’est la France qui gèrent nos avoirs, qui définit à quel taux d’intérêt elle veut bien les rémunérer et qui est la seule à savoir combien nous avons réellement dans ses comptes, nos chefs d’Etat eux-mêmes ne le sachant pas de façon fiable. Par ailleurs, tant que nous restons emprisonnés dans cette monnaie, nous serons cantonnés à la marge du commerce international, parce que nos prix sont alignés sur l’euro fort, alors que les autres vendeurs, qui ont une monnaie souveraine, peuvent se montrer beaucoup plus compétitifs en adaptant le taux de change de leur monnaie en toute flexibilité.

Comparativement à Nicolas Sarkozy, la politique africaine de François Hollande a-t-elle changé ?

La politique africaine de la France m’importe peu. Ce n’est pas sur elle que nous devons travailler, mais sur nous-mêmes. Les anciens, comme Um Nyobé, Félix Moumié ou même Houphouët-Boigny, ont mené le combat de l’indépendance vis-à-vis des colons. Mais nous avons jubilé trop tôt et oublié ensuite de nous émanciper de nos Etats. Regardez la question de la terre. Quand les colons sont arrivés en Afrique, ils ont arraché la terre à nos aïeux. Puis, au moment des indépendances, au lieu de rendre la terre à ses propriétaires initiaux, ils ont préféré la donner à l’Etat, sachant bien qu’il leur suffisait de contrôler celui qui est à la tête de l’Etat pour continuer de posséder la terre. Et nos chefs d’Etat successifs refusent de changer quelque chose à cela, tout contents qu’ils sont d’être les interlocuteurs «privilégiés» de la France. Et les populations acceptent cela, concentrant leurs rancœurs contre les puissances coloniales, alors que ce sont leurs Etats qui les aliènent aujourd’hui. Il faut faire pression sur nos gouvernants pour que les Etats rendent la terre aux paysans. En ville, on peut avoir des titres fonciers, mais en zones rurales, c’est la croix et la bannière. Le sol appartient, de façon tout à fait illégitime, à l’Etat, le sous-sol aussi. Pourquoi ? Que les Etats africains rendent les terres à leurs propriétaires légitimes, qu’ils distribuent les titres fonciers pour les sols et les sous sols aux paysans et nous verrons non seulement la prospérité arriver, mais également la pression géostratégique autour de nos ressources naturelles diminuer. En effet, aujourd’hui, il suffit à la France de contrôler le président africain pour contrôler les richesses du pays. Mais si nous réformons le foncier, si nous faisons le cadastrage de nos territoires et distribuons les titres fonciers aux paysans, alors l’Etat français n’aura plus la mainmise sur nous, parce qu’il lui faudrait contrôler séparément des centaines de milliers d’individus, ce qui est impossible. Alors nous verrons, comme cela se fait partout ailleurs où ça fonctionne bien, des particuliers négocier avec des particuliers, au lieu de voir des Etats dealer avec des Etats. Nos paysans pourront vendre ou louer leurs terres, entrer dans le marché hypothécaire, emprunter, investir, devenir riches, créer des emplois. Ils seront devenus propriétaires, et la base de la prospérité, c’est la propriété individuelle.

Quelles leçons faut-il de tirer tout cela?

Il faut que les élites africaines cessent de croire qu’il faut avoir des entrées au Quai d’Orsay ou à l’Elysée pour être élu président en Afrique. C’est dans les peuples d’Afrique qu’elles doivent fonder le cœur de leur pouvoir. Respectons nos peuples. Libérons-les et responsabilisons-les.
Pr Mamadou Koulibaly en interview avec Mutations à l'hôtel Hilton de Yaoundé

lundi 27 mai 2013

[Afrique / Cote d'Ivoire] La Secrétaire Générale Adjointe d'Africa Human Voice International (AHVI) s'en est allée...


AFRICA HUMAN VOICE
INTERNATIONAL (AHVI)
http://ahv-news.blogspot.com


DECES DE MADEMOISELLE BEATRICE ZAHOURA
Secrétaire Générale Adjointe d'AHVI


ELLE A ETE DE TOUS LES COMBATS


AFRICA HUMAN VOICE INTERNATIONAL (AHVI) vient d’apprendre avec stupéfaction le décès, à Abidjan, en République de côte d’Ivoire, à la suite d’une longue maladie, de sa Secrétaire Générale Adjointe chargée de la Fédération Afrique, Mademoiselle Béatrice ZAHOURA.

Elle a été de tous les combats tant au niveau intérieur, national, qu’international. Tout en étant Secrétaire Générale Adjointe de AHVI, mademoiselle ZAHOURA Béatrice a aussi été Présidente des Sentinelles sous le Président Laurent Gbagbo. Son abnégation n’était plus à démontrer. Volontaire, disposée et disponible, elle a donné à toutes et tous tout ce qu’elle avait d’humain dans le strict respect et la promotion des Droits de l’Homme.

AHVI partage la tristesse de toute la famille et lui adresse ses condoléances les plus attristées.
Que le Seigneur Dieu Tout Puissant la reçoive en son sein et lui accorde la Paix éternelle.

Jean-Claude Mayima-Mbemba
Secrétaire Général de AHVI

samedi 4 mai 2013

Afrique : L'entrée fracassante du Rwanda sur les marchés financiers

L’entrée fracassante du Rwanda sur les marchés financiers

(Africa Diligence) 3,5 milliards de dollars US pour 250 participants. S’il ne fallait retenir qu’une chose de la première émission de bons du trésor rwandais, ce sont bien ces chiffres astronomiques à l’échelle du pays des mille collines. Une entrée fracassante.
Le gouvernement rwandais qui n’en attendait pas tant s’est saisi de l’occasion pour se féliciter et souligner que cette réussite était le fruit d’un travail de  longue haleine, un travail qu’il estime justement reconnu par la communauté internationale financière. Retour sur le premier emprunt obligataire de Kigali.
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Un emprunt obligataire, pourquoi? Comment?
Depuis une dizaine d’années, le Rwanda est cité comme un modèle de développement en Afrique. Les institutions financières internationales (FMI, Banque Mondiale, Banque Africaine de Développement…) et autres bailleurs de fonds internationaux mettent principalement en avant sa forte croissance – plus de 8% entre 2003 et 2011 d’après la Banque Mondiale -  et son usage efficace de la manne financière provenant de l’aide – 3ème pays africain le moins corrompu, 49ème mondial en 2011 d’après Transparency International.
Cette bonne réputation lui assure des prêts importants et un traitement privilégié de la part de ces mêmes acteurs économiques internationaux. C’est ainsi qu’en 2005 le club de Paris – un groupe informel de pays créanciers – a annulé 100% de ses créances rwandaises soit 100 millions de dollars. C’est aussi sur ces mêmes fondements qu’environ 35% du budget 2012-2013 – environ 770 millions de dollars – est financé par des contributions externes.
Dernièrement, le gouvernement rwandais était en passe de réussir sa stratégie. Celle- ci consistait à rendre le budget national de moins en moins tributaire des ressources externes en profitant de l’aide internationale pour réaliser des investissements structurels afin de dynamiser la croissance et d’accroître les sources de revenus internes pour l’Etat.
Néanmoins, le rapport des Nations Unies sur le possible soutien du Rwanda à la rébellion dans l’est de la République Démocratique du Congo a changé la donne. En effet, sous la pression internationale, de nombreux pays ont suspendu leur financement du Rwanda. L’effet sur la réalisation des grands projets fut immédiat. Le «Kigali Convention Center» qui devait être inauguré au courant de l’année 2012 a pris un coup d’arrêt. Il en va de même pour certains projets de développement urbain présent dans le «Kigali Master Plan». Tous ces retards étant préjudiciables en terme d’image mais également financièrement, le gouvernement rwandais fut dans l’obligation de trouver de nouveaux moyens de financement.
Le fond «Agaciro» naît de cet impératif. Toutefois, il s’agit plus d’un outil de communication que d’un outil de planification stratégique. En effet, un Etat ne peut compter sur ses ressortissants pour s’acquitter de leur devoir fiscal et, en sus, participer à un système certes patriotique mais qui peut être perçu comme une double imposition. Le fait de recourir au marché financier est plus conforme aux standards étatiques habituels d’autant plus que le Rwanda bénéficie d’une bonne réputation économique.
C’est ainsi que le Rwanda a décidé de se lance dans la grande aventure de financement par le marché. Pour cela deux banques – BNP Paribas et Citibank- sont mandatées, elles conduiront l’opération d’emprunt. Concrètement le Rwanda annonce émettre des bons obligataires à échéance de mai 2023 et d’une valeur totale de 400 millions de dollars US (environ 300 millions d’euros) à un  taux de 6,875 %. Les agences de notation Standard and Poor’s et Fitch donnent la note de B avec une perspective stable à la dette rwandaise ce qui fait d’elle un placement spéculatif.  Les officiels rwandais, le gouverneur de la Banque Nationale du Rwanda et le ministre de l’Economie et des Finances en tête, se transforment en commerciaux et font la promotion de l’événement. Des investisseurs sont rencontrés aux quatres coins du globe. Boston, Frankfurt, London, Los Angeles, Munich, Hong Kong, New York et Singapore sont cités par le ministère de l’Economie et des Finances.
L’emprunt obligataire, une réussite et après?
Le gouvernement rwandais voulait recueillir 400 millions de dollars US, le marché était prêt à lui en donner 3,5 milliards soit plus de 50% du PIB national. Les experts prédisaient un taux d’intérêt entre 6,875 et 7%, le gouvernement rwandais a obtenu 6,625. Le succès est total.
Avec ces fonds, le gouvernement annonce que 80 millions vont servir à refinancer la dette commerciale de la compagnie aérienne RwandAir, 120 millions payeront la dette due pour le «Kigali Convention Center», 150 millions serviront à terminer la construction de ce même centre alors que 50 millions seront alloués à la construction d’une centrale hydro-électrique à la rivière Nyabarongo d’une capacité de 28 megawatts.
Ce qui est inquiétant avec cet emprunt c’est que 50% de son montant va servir à payer des dettes. Nul besoin d’être un expert en finances publiques pour voir le système périlleux qui risque de s’installer lorsque qu’un Etat s’endette pour se désendetter. Bien que le niveau de la dette publique rwandaise – 22% avant l’emprunt obligataire – n’ait pas atteint un seuil alarmant, la relative facilité à récolter des fonds via les marchés financiers pourrait devenir un engrenage dangereux pour un pays en pleine construction économique.
Aussi ce qui parait dommageable c’est de voir que l’investissement le plus pertinent est celui doté de la plus faible participation financière. Quand on sait que le Rwanda a une balance commerciale négative (importations supérieurs aux exportations) et que cela provient en partie de sa dépendance au pétrole, première source d’alimentation des centrales électriques, toute initiative visant à accroître l’usage des ressources propres ne peut qu’être saluée. Pourquoi ne pas multiplier ces initiatives étant donné qu’un bon emprunt est celui qui prépare l’avenir? Compte tenu des besoins du Rwanda en termes d’infrastructures primaires, quel est le lien entre ces dernières et l’emprunt?
M. Gatete, Ministre de l’Economie et des Finances, a déjà annoncé que le Rwanda se réserve le droit de retourner sur les marchés financiers lorsqu’il y aura d’autres projets qui le nécessitent. Après le goût délicieux d’un succès retentissant, gare à l’arrière-gout qui risque d’être amère tant cet emprunt semble remplacer un mal par un autre.

 Boniface DUVAL

SOURCE :

 

vendredi 3 mai 2013

[AFRIQUE/MONDE] Peu-ton s'inspirer de la Chine en matière de reéduction des risques

PÉKIN, 2 mai 2013 (IRIN) - La Chine, qui est exposée chaque année à presque toutes les catastrophes naturelles existantes - notamment les tremblements de terre, les inondations, les cyclones et les glissements de terrain -
prend la bonne direction en termes de réduction des risques de catastrophes (RRC), d'après les experts.

« La Chine a su tirer les enseignements de ces nombreuses années jalonnées de lourdes pertes humaines et économiques, et sait combien il est important de maintenir les pertes à un niveau annuel acceptable afin d'assurer le développement économique et social du pays. La Chine tente aujourd'hui de ne pas dépasser 1,5 pour cent du PIB en termes de pertes dues aux catastrophes », a déclaré à IRIN le 29 avril Margareta Wahlström, représentante spéciale du secrétaire général des Nations Unies pour la RRC. C'est le premier gouvernement du monde à annoncer publiquement cette démarche et nous espérons que d'autres vont suivre cet exemple ».

« Le gouvernement chinois est conscient de l'importance de la RRC et de l'intervention » a renchéri Karen Poon, coordinatrice des opérations de l'unité de gestion des catastrophes de la Fédération internationale des
sociétés de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge (FICR) pour l'Asie-Pacifique, « et il fournit de nombreux efforts dans ce sens » [ http://www.ifrc.org/fr/ ].

En 2012, le pays le plus peuplé du monde, qui abrite plus de 1,3 milliard d'habitants, a subi 23 catastrophes naturelles, soit presque deux par mois, d'après le Centre de recherche sur l'épidémiologie des catastrophes (CRED) dont les statistiques montrent une tendance à la baisse du nombre de victimes au cours des dix dernières années [ http://www.cred.be/ ].

D'après le CRED, les catastrophes naturelles ont fait 771 victimes en 2012, contre une moyenne de 1 046 décès de 2002 à 2011, et le nombre moyen de personnes touchées est aussi en baisse.

La coordination

La plupart des efforts chinois sont axés sur le Comité national pour la réduction des risques de catastrophes (NCDR) qui coordonne 34 organismes incluant des ministères gouvernementaux, des administrations et la
Croix-Rouge chinoise. Ce réseau centralisé se retrouve également au niveau des autorités locales.

Le NCDR est responsable de tous les aspects de la réduction des effets des catastrophes et des secours, de l'alerte précoce à la reconstruction post-catastrophe. Il bénéficie des conseils d'une commission de plus de 100 spécialistes en gestion des catastrophes et travaille en étroite collaboration avec le Centre national de réduction des catastrophes en Chine (NDRCC), une organisation qui fournit un soutien technique et
informationnel, notamment une base de données nationale permettant aux départements des Affaires civiles d'enregistrer des précisions sur une catastrophe.

L'accent est mis sur la coopération et la coordination, particulièrement dans la réponse d'urgence qui est menée par le bureau de la sécurité publique, la police et l'armée, soutenus par la Croix-Rouge et d'autres
groupes de bénévoles.

Selon Mme Poon, le caractère de coordination du NCDR et l'intégration de la Croix-Rouge sont essentiels à la réussite de la RRC en Chine.

« C'est cette coordination qui fait la différence lorsqu'une catastrophe naturelle survient ; savoir qui fait quoi sur le terrain », a déclaré Mme Poon.

Une orientation claire

La stratégie chinoise en matière de RRC est portée par le plan d'ensemble national de prévention et de réduction des risques de catastrophes (2011-2015) qui définit les directives de développement, les missions
principales et les grands projets des opérations de RRC en Chine sur une période de cinq ans.

Le plan comprend la mise en place d'objectifs quantifiables et place la RRC au cour du portefeuille de développement étendu du gouvernement, ce qui est fondamental pour la réussite de la RRC d'après les spécialistes.

« En établissant des résultats quantifiables que le gouvernement cherche à atteindre, il est plus facile de déterminer l'étendue des ressources et la gamme des investissements nécessaires pour atteindre ces résultats », a déclaré Jerry Velasquez, coordonnateur régional du Bureau de prévention des catastrophes des Nations Unies (UNISDR) en Asie-Pacifique [ http://www.unisdr.org/asiapacific ].

Les autres enjeux du plan concernent l'alerte précoce qui relève de certains départements rattachés au NCDR, ainsi que le développement d'une surveillance tridimensionnelle par satellite. Un système d'alerte précoce national des tremblements de terre est prévu au cours des cinq prochaines années.

La stratégie en ouvre

Un système d'intervention post-catastrophe de quatre niveaux a été établi. Il est déclenché par le Conseil d'État, en consultation avec les ministres du gouvernement, en tenant compte de l'ampleur de la catastrophe, ainsi que des données et des rapports concernant la zone touchée.

Le 20 avril 2013, dans la province du Sichuan, au sud-ouest de la Chine, un séisme de magnitude 7 a déclenché le niveau 1 de ce plan, soit le plus haut niveau. Les équipes d'évacuation et de secours nationales et provinciales ont tout de suite été mobilisées [ http://reliefweb.int/map/china/asia-pacific-region-17-22-april-2013-natural-disasters-and-other-events-being-monitored ].

D'après le Bureau de la coordination des affaires humanitaires des Nations Unies (OCHA), 207 personnes ont été tuées, 11 500 ont été blessées et plus de 1,5 million de personnes ont été touchées dans 69 cantons [
http://reliefweb.int/sites/reliefweb.int/files/resources/Asia-Pacific%20Regi
on%2017%20-%2022%20April%2C%202013%2C%20Natural%20Disasters%20and%20Other%20
Events%20being%20monitored%20by%20the%20OCHA%20Regional%20Office%20for%20the

%20Asia-Pacific.pdf ].

Bien qu'il soit trop tôt pour une évaluation complète de la situation, les premiers rapports du CRED indiquent que la réponse a été rapide, car les secours sont arrivés sur place en quelques heures et 136 équipes médicales étaient opérationnelles dès le lendemain matin, renforcées par plus de 18 000 militaires et policiers.

Le plus fort séisme à avoir frappé la Chine ces dernières années, le 12 mai 2008, a eu lieu également dans le Sichuan, tuant plus de 80 000 personnes, dont des milliers d'enfants. Il avait déclenché une forte vague de
protestations après l'effondrement de bâtiments scolaires, dû à des constructions de mauvaise qualité, ainsi que des accusations de corruption.

« Certaines catastrophes, telles que les tremblements de terre, tuent beaucoup de gens, quel que soit leur niveau de préparation », a déclaré à IRIN la directrice du CRED, Debby Guha-Sapir. « L'important est la qualité de la réponse, et la réaction de la Chine après le tremblement de terre au Sichuan a été pratiquement exemplaire ».

Les victimes extraites des décombres du dernier tremblement de terre ont été accueillies dans une unité de soins intensifs, puis transférées dans un hôpital de première ligne.

« Les patients sont arrivés à l'hôpital très rapidement et leur taux de survie était très élevé », a déclaré Mme Guha-Sapir.

En plus des soins dispensés aux patients, les médecins ont gardé une approche scientifique en rédigeant des rapports qui allaient être utilisés plus tard par Mme Guha-Sapir et son équipe pour réaliser des études
post-catastrophe.

Des eaux troubles

Si la Chine est exemplaire en matière de secours en cas de tremblements de terre, les inondations restent sans doute la plus grande catastrophe à laquelle le pays doit faire face de façon récurrente. Les inondations
touchent en moyenne 100 millions de personnes par an et, l'an dernier, elles ont représenté 65 pour cent de toutes les pertes économiques liées aux catastrophes naturelles.

« En matière de gestion des inondations, une attention particulière doit être portée sur l'homme », a déclaré Mme Guha-Sapir.

L'un des facteurs est la taille des rivières en Chine et la présence de nombreuses populations dans les zones inondables, car le pays compte des dizaines de milliers de rivières.

Si la lutte contre les inondations à grande échelle a fait l'objet d'investissements de la part du gouvernement, les experts affirment qu'il reste encore à améliorer la réponse aux crues subites localisées, aux glissements de terrain et aux coulées de débris qui surviennent dans les zones reculées et sous-développées.

« Les crues subites représentaient deux tiers des décès liés aux inondations dans les années 1990 », a déclaré Liu Minquan de la faculté d'Économie de Pékin, et cette part est en augmentation ».

Des mesures s'imposent, notamment l'amélioration des prévisions météorologiques, l'augmentation des actions de prévention des risques et des plans d'évacuation auprès de la population locale, ainsi que des
investissements plus importants dans des infrastructures hydrauliques.

« Les investissements de la Chine dans les infrastructures hydrauliques ont été extrêmement faibles ces dernières années », a déclaré M. Liu. « Avant 1980, ces investissements représentaient environ sept pour cent de l'investissement total en infrastructures, et jusqu'à 15 pour cent certaines années, mais depuis 1981, ils ne représentent plus qu'un à trois pour cent
».

D'après les chiffres du gouvernement, la Chine a investi un total d'environ 48,6 milliards de dollars dans les infrastructures hydrauliques en 2012, et le Chinese Water Digitalization Service Report of 2013-2017 (rapport du Service de numérisation des réseaux hydrauliques chinois 2013-2017) prévoit une dépense de 64,8 milliards de dollars pour 2013.

En plus des nouvelles infrastructures, il est nécessaire d'investir dans l'amélioration des digues et des réservoirs d'eau existants. Ce mois-ci, le Centre d'État pour le contrôle des inondations et la lutte contre la
sécheresse en Chine a rapporté que près de 3,5 millions d'hectares de terres cultivées dans les provinces Yunnan, Gansu, Henan, Sichuan et Hubei souffraient de sécheresse, privant ainsi plusieurs millions de personnes d'eau potable.

Au cours des 60 dernières années, 87 000 réservoirs et 286 900 km de digues ont été construits », a déclaré M. Liu. « Cependant, la plupart l'ont été avant 1980 et les normes d'ingénierie n'étaient généralement pas au point ».

Mais la Chine s'efforce de remédier à ces problèmes.

« La Chine a beaucoup investi pour renforcer le contrôle des petites et moyennes rivières, pour renforcer les réservoirs d'eau non sécurisés, pour la prévention des catastrophes géologiques déclenchées par les inondations et pour l'étude globale de l'environnement écologique dans les zones sujettes aux catastrophes », a déclaré Wang Dongming, chercheur au NDRCC. « Au niveau communautaire, un programme est activé depuis 2008 grâce auquel des experts forment et aident les communautés locales à établir des plans
d'intervention d'urgence. Ils procèdent à des exercices de secours en cas de catastrophe et constituent leurs propres groupes de secours avec des bénévoles ».

L'après-Hyogo

En Chine, la prochaine Journée nationale de la réduction des catastrophes, le 12 mai, marquera le cinquième anniversaire du tremblement de terre de 2008 dans le Sichuan, l'occasion de souligner les efforts fournis en termes de RRC.

En 2012, le gouvernement chinois a investi environ 14 milliards de dollars dans la RRC et dans les opérations de secours. S'il est vrai que cet effort en matière de RRC est possible grâce à la solidité de son gouvernement centralisé et de son système bancaire, d'autres pays voisins, moins bien dotés et moins organisés que la Chine, peuvent s'en inspirer.

« Alors que le monde médite sur la suite à donner au Cadre d'action de Hyogo », a déclaré M. Velasquez, « nous devons examiner de près ce que font les pays comme la Chine pour réduire les risques de catastrophes et savoir ce qui fonctionne, mais aussi, et surtout, comment cela fonctionne » [ http://www.unisdr.org/we/coordinate/hfa ].

ah/ds/cb-fc/amz

[FIN]

Cet article en ligne:
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samedi 16 mars 2013

[Afrique centrale] Angola : la princesse Isabel Dos Santos, à l'assaut du Portugal

Extrait de Le Point 14 Mars 2013

LA PRINCESSE ANGOLAISE A L'ASSAUT DU PORTUGAL De notre envoyé spécial
François Musseau.

1_angola_isabel-dos-santos.jpg Tycoon.  Fille du président angolais, Isabel dos Santos investit l'ancienne
puissance coloniale.

Dans le grand salon de l'hôtel Ritz de Lisbonne, noyé sous les massifs
d'orchidées, un groupe d'Angolais parle avec volubilité. Tout autour, le
personnel portugais est aux petits soins pour ces hommes d'affaires qui
commandent liqueurs et vins fins sans retenue. Dans les boutiques de luxe
jouxtant le hall d'entrée, les seules clientes sont aussi de nationalité
angolaise.

C'est dans ce même Ritz, entre la place Marques de Pombal et le parc Eduardo
VII, que descend « la Princesse ». Confidences d'un serveur : elle a une
suite attitrée (environ 6 000 euros la nuit) , « mais elle est très
abordable, sans manières, souvent vêtue d'un jean et d'un tee-shirt » .

L'homme, qui insiste pour que son témoignage demeure anonyme, n'est pourtant
pas peu fier de fréquenter une femme aussi puissante qu'invisible au
Portugal. L'an dernier, à seulement 39 ans, Isabel dos Santos était classée
parmi les dix personnalités les plus influentes du pays par l'hebdomadaire
Expresso . Une jolie frimousse métisse - sa mère est russe - qui dissimule
une femme d'affaires ambitieuse, ayant déjà investi 1,4 milliard d'euros
dans le pays.

Isabel dos Santos est une femme très fortunée : selon le magazine Forbes,
elle serait la première Africaine à être devenue milliardaire en dollars. Et
pourtant, rien ou presque ne transpire sur cette businesswoman présente dans
la banque, les télécoms, l'énergie et, depuis peu, la grande distribution.
Des photos au compte-gouttes dans la presse, une furtive apparition dans un
talk-show à Luanda, pas une seule interview accordée : le pouvoir du
silence.

Son irrésistible ascension illustre un incroyable renversement de
l'Histoire. Colonisé pendant cinq siècles par le Portugal, l'Angola a pris
sa revanche. Le pays d'Afrique australe a surmonté le traumatisme du conflit
qui a mené à l'indépendance, arrachée en 1975, et de l'interminable guerre
civile entre l'Unita et le MPLA qui a pris fin en 2002 avec la victoire du
second. Longtemps exsangue, l'Angola connaît aujourd'hui une croissance à
deux chiffres et rivalise avec le Nigeria pour le titre de premier
producteur de pétrole du continent - avec 1,8 million de barils par jour.

En face, le Portugal est plongé dans une profonde récession, maintenu sous
perfusion depuis mai 2011 par une aide européenne de 78 milliards d'euros.
Le rapport de forces a changé du tout au tout. Aux abois, l'Etat portugais
met en vente ses aéroports, ses chantiers navals ou sa télé publique pour
juguler son déficit. Tout en puissance, l'Angola ne sait que faire de ses
pétrodollars.

Ultracorruption.  Une histoire et une langue communes, des liens puissants
malgré les déchirures de la décolonisation, qui s'était traduite par quelque
450 000  retornados,  les pieds-noirs lusitaniens : c'est tout naturellement
le Portugal que les oligarques angolais ont choisi comme terre d'accueil
pour leurs investissements. L'essor est spectaculaire : 4,4 millions d'euros
en 2007 ; 118 millions l'an dernier.« BTP, banques, sociétés pétrolières,
agroalimentaire, vins de Porto, leur appétit est démesuré. En un rien de
temps, c'est devenu notre quatrième partenaire commercial » , s'enthousiasme
Carlos Bayan Ferreira, président de la chambre de commerce luso-angolaise à
Lisbonne.

L'Angola, qui traîne une sale réputation de nation ultracorrompue (au 168e
rang sur 178, selon Transparency International), s'achète ainsi une
crédibilité dans la zone euro. Et le gouvernement portugais de Pedro Passos
Coelho déroule le tapis rouge aux dirigeants de l'ancienne colonie.

Comment, dans ces conditions, ne pas accueillir à bras ouverts « la Princesa
Isabel », son surnom à Luanda ? Car ce n'est pas la première venue : elle
n'est autre que la fille aînée de José Eduardo dos Santos, 70 ans dont
trente-trois à la tête de l'Angola. Un coureur de jupons qui a fait huit
enfants à trois épouses. La première, Tatiana Koukanova, il l'a rencontrée
dans les années 60 à Bakou, à l'époque où l'Azerbaïdjan était une république
soviétique et où le jeune nationaliste passait son diplôme d'ingénieur
pétrolier. Isabel est le fruit de cette union. Une fois le divorce prononcé,
la jeune Métisse passe l'essentiel de sa jeunesse à Londres, au King's
College, avant de faire de brillantes études de commerce. De retour à Luanda
à l'âge de 24 ans, la belle Isabel se lance pourtant dans le business à
tâtons : sa discothèque Miami Beach et sa société de ramassage des ordures,
Urbana, font un flop.

Mais, avec un papa aussi puissant, dirigeant régnant sur la manne
pétrolière, il n'est pas difficile de se relancer. L'ambition la pousse à
investir massivement, d'abord à domicile, dans les secteurs autres que le
pétrole ou le diamant, chasses gardées de son père et des généraux amis :
énergie, télécoms, médias, distribution...

Au Portugal, deux investisseurs angolais s'arrogent la part du lion. La
Sonangol, la compagnie nationale du pétrole... et Isabel, qui possède un
tiers du groupe multimédia Zon, 19,5 % de la BPI (4e banque du pays), une
part du géant Sonae, etc. Et ses participations ne cessent d'augmenter.
Isabel dos Santos cultive toutefois sa différence.« Elle n'a pas l'arrogance
de la plupart des nouveaux riches qui viennent ici en territoire conquis,
revanchards et le triomphe immodeste » , confie un banquier.

« inébranlable ».  La fille du président n'est pas de ceux qui s'achètent
des villas à Estoril ou à Cascais, ou écument avec avidité les commerces de
luxe de l'Avenida da Liberdade, les Champs-Elysées lisboètes.« Elle est
sophistiquée, intelligente, à l'écoute et inébranlable lorsqu'elle a pris
une décision » , avance Filipe Luis, auteur d'une enquête sur la Princesa
dans l'hebdo Visão.

Autre particularité : elle parle français dans l'intimité avec le brillant
Sindika Dokolo, épousé en 2002, fils d'une Danoise et d'un collectionneur
d'art congolais, qui la conseille dans ses choix financiers.« Ce qui la fait
courir ? A mon avis, c'est de prouver à son père qu'elle peut réussir par
elle-même » , confie, du haut d'une tour proche de la Praça de Espanha,
Jacques dos Santos (sans lien de parenté), patron régional du cabinet
d'audit Mazars.

Mais, attention, pour servir ses intérêts et ceux de son pays, pas ceux du
Portugal, avec lequel elle n'a ni lien émotionnel ni complexe
d'ex-colonisée. Si personne ne lui prête de visées politiques, d'aucuns
s'alarment de son pouvoir grandissant dans des secteurs stratégiques d'un
Portugal affaibli. A commencer par le tiers du capital du groupe Zon, qui
contrôle une demi-douzaine de titres influents.« Avec d'autres investisseurs
bien plus suspects qu'elle, Isabel dos Santos a le pouvoir de conditionner
un jour les médias portugais et de menacer le pluralisme » , s'inquiète
Nicolau Santos, rédacteur en chef de l'hebdo Expresso . La Princesa ne
prendra pas la peine de démentir : elle est, comme on le sait, aussi loquace
qu'un sphinx.

Encadré: Ses  actifs  portugais

28,8 % (385 millions de dollars) de ZON , un groupe multimédias. A travers «
Kento », elle en est l'actionnaire principale.

19,5 % (465 millions de dollars) de BPI,  4e banque privée du Portugal. Elle
en est la 3e actionnaire.

25 % de BIC  Portugal Banco, une banque importante (via le Santoro Holding).

45 % d'Amorim Energia , à travers Esperanza Holdings.

38 % de Galp , compagnie pétrolière.
================================
NOTRE COMMENTAIRE :
Cette fille du président angolais, M. Dos Santos, s'est-elle enrichie avec de l'argent volé dans son pays ? Cette fortune vient-elle des BMA comme au Congo-Brazzaville ? Nous le saurons tôt ou tard. L'Histoire nous le dira.

mardi 1 janvier 2013

[Côte d'Ivoire] Mensonge et criminalisation d'Etat : Soro et le charlatanisme politique

[Côte d'Ivoire] Mensonge et criminalisation d'Etat : Soro et le charlatanisme politique

Mensonge et criminalisation d’Etat
SORO ET LE CHARLATANISME POLITIQUE
Par le Pr Mamadou Koulibaly | LIDER | 28 décembre 2012


Le meilleur des premiers ministres de Gbagbo Laurent aime raconter comment de nombreux lauriers doivent lui revenir et pourquoi il doit être traité comme le meilleur des citoyens de notre pays, celui qui a sauvé la Côte d’Ivoire. En un an comme en dix, n’a-t-il pas mieux fait que tous ?

Voilà plus de dix-huit mois qu’il est au pouvoir sans qu’il n’y ait eu de rébellion organisée contre lui qui, en septembre 2002, se jetait contre l’Etat de Côte d’Ivoire avec sa horde de rebelles en armes. Ils étaient venus y mettre de l’ordre, disaient ceux qui ont été identifiés plus tard comme le Mouvement Patriotique de Côte d’Ivoire, dont Soro était le secrétaire général. Contre lui, personne n’a encore monté une rébellion. Qui dit mieux, en un an comme en dix ?

Dans le débat politique, la liberté d’expression exige, – en démocratie en tout cas –, que toutes les opinions puissent s’exprimer. Personne ne peut interdire que certains puissent écrire et publier que le soleil se lève au nord et se couche à l’ouest, que l’homme et la femme sont du même sexe, que Houphouët Boigny n’est pas mort mais qu’il a simplement émigré en Australie, que les poules ont des dents que seules des lunettes spécifiques permettent de voir, que le 19 septembre 2002 il n’y a eu aucun événement choquant en Côte d’Ivoire, que les prophéties de Malachie sont en cours de réalisation, etc. Toutes ces affirmations, dans un certain sens, découlent de la liberté d’expression. Dans le processus de construction d'une nation sur des bases démocratiques, tout doit être fait pour sauvegarder cette pluralité des opinions, même si certaines paraissent absurdes, saugrenues et politiquement insensées. Cependant, la liberté d’exprimer ses opinions ne signifie pas la libre acceptation de toutes les opinions exprimées, parce qu’il existe un filtre dans le débat qui permet à notre entendement de sélectionner la vérité et de réfuter l’erreur et le mensonge. Le débat d’idées, la confrontation des opinions sur les questions politiques et économiques comme sur toutes les questions sociales, recourent à l’approche scientifique, à la démonstration argumentée pour exclure les opinions perverses de la dialectique et de la rhétorique.

Le président de l’Assemblée nationale croit que le débat politique est une foire d’opinions de toutes sortes, et ignore que le respect de l’opinion signifie rigueur analytique. Pour lui, comme nous sommes dans le débat politique, n’importe quelle affirmation est bonne à exprimer car, après tout, chacun de nous n’est-il pas propriétaire et responsable de ses idées, de ses sentiments et de ses opinions? Procéder ainsi, comme il le fait, sur des questions sérieuses, relève du charlatanisme politique, car c’est pervertir le débat que d’y jeter de la confusion intellectuelle et morale.

Le charlatanisme politique est une imposture qui tente de se confondre avec la science politique. Dans notre pays, lorsqu’au sommet de l’Etat l’opinion majoritairement exprimée relève de ce type de confusion, c’est la démocratie que l’on assassine et avec elle, la liberté d’opinion et la liberté tout court. Les hommes et les femmes qui font de la politique dans notre pays et qui estiment qu’il s’agit de leur métier, leur gagne-pain, aiment se mettre dans cette posture de perversion de la dialectique, ce qui les amène parfois à suggérer l’enseignement dans nos classes primaires, secondaires et même supérieures de n’importe quoi, n’importe comment et avec n’importe quel moyen, au point de dévaloriser l’école et l’éducation publiques, d’amener les enfants et leurs parents à mépriser la vérité et à croire que la tricherie, le faux, la falsification, la fraude, le mensonge sont des valeurs qui payent plus que la vérité et la rigueur. En la matière, le président du parlement ivoirien est passé maitre. Lui ne se contente pas de pervertir la dialectique; il tente aussi depuis de longues années de pervertir la rhétorique. Les orateurs sérieux dans la politique cherchent normalement à convaincre leur auditoire avec certaines vérités que leurs adversaires du moment peuvent réfuter. Ils restent dans le respect et la noblesse de l’entendement d’autrui. Chez nous, les orateurs se prennent pour des tribuns dès lors qu’ils peuvent, de façon vicieuse, jouer sur les capacités d’erreur de leur auditoire et les persuader du faux. Lorsque la rhétorique abandonne la vertu et recoure au cynisme et aux passions personnelles de l’orateur, à sa cupidité, sa vanité, ses ambitions, son désir de remplir son ventre ou de sauver sa tête, le débat est perverti et les citoyens qui écoutent sont rabaissés au rang de simple foule pour laquelle l’on n’a aucun respect et devant qui l'on n’a aucune responsabilité à assumer. C’est la célébration de cette forme de rhétorique qui tue la démocratie naissante dans notre pays, car le message politique se résume à de la simple propagande qui exige pour son triomphe que l’on supprime toutes les voix discordantes et toute opposition. Cette orientation du débat tue la démocratie et fait place libre à l’autocratie, à la haine de l’autre et à la criminalisation de l’Etat. Pour illustrer ces propos, nous présenterons deux cas qui montrent bien comment le président de l'Assembée, Monsieur Soro Kigbafori Guillaume aime à pervertir la vérité et ériger le mensonge en système de justification de crimes de la rébellion et des crimes d’Etat.

Le premier exemple est celui du bilan des dix ans de gouvernance de la Côte d’Ivoire sous Laurent Gbagbo en tant que président de la république. Le bilan de ces dix ans, selon Soro, est plus faible que son bilan annuel à lui. Comme il est aisé de le dire et comme il est erroné d’y croire ! Ne regardons même pas le contenu du bilan, qui a par ailleurs été dressé plusieurs fois et qui dépend des optiques des uns et des autres. Regardons simplement la forme de cette proposition, sans défendre d’ailleurs Gbagbo, qui se promenait en bateau avec Soro sur les lagunes d’Abidjan et le présentait toujours comme le meilleur de ses premiers ministres, c'est-à-dire celui qui aura mieux contribué au bilan que Affi N’guessan, Seydou Diarra ou Charles Konan Banny.

Soro est celui qui a représenté la rébellion contre l’Etat de Côte d’Ivoire, dix-huit mois seulement après l’accession de Gbagbo au pouvoir. Il a été ministre de la communication, puis premier ministre, tout en gardant la moitié du pays sous le contrôle du MPCI, dont il était le secrétaire général. La bonne méthode consisterait pour lui à évaluer son bilan en tant que responsable à la fois des zones CNO pendant dix ans, et à faire celui des zones non CNO pendant la même période. Il a joué sur les deux tableaux en même temps et ne peut donc se contenter d’évaluer les autres en s’oubliant comme acteur de premier plan de part et d’autre de la zone de confiance.

Comme il le soutient lui-même, le bilan est largement positif pour lui. Les zones CNO sont devenues plus pauvres que le reste du pays pendant les dix ans de gestion des FAFN, dont Mr Soro était aussi le secrétaire général. Il y a eu plus de vols, de pillages, de viols, de braquages, de rackets dans les zones CNO qu’ailleurs dans le pays. Le pillage était systématique et la "Centrale", qui avait été érigée en ministère des finances de la rébellion, s’est enrichie des prélèvements obligatoires illicites sur les populations, des butins issus des casses de banques et des agences locales de la Bceao, de l’exploitation illégale des forêts et des minerais de métaux précieux. Soro a réussi à faire payer par l’Etat de Côte d’Ivoire le remboursement intégral des sommes emportées par lui et ses compagnons des FN lors des casses de la Bceao à cette institution. Sans ce remboursement, les comptes de la Bceao n’auraient pas été certifiés par les auditeurs. Qui dit mieux face à de telles performances? N’importe qui d’autre aurait fait cela, qu’il aurait été en prison pour crimes économiques. Mais dans le cas de monsieur Soro, c’est plutôt lui qui juge les autres. Le pire fait le procès du mal.

Dans les zones CNO, des quantités inestimables de productions agricoles ont été volées et détournées en direction de sites de transformation et d’exportation installés dans les pays voisins pour le compte de Soro, du MPCI et des FN au moment où plusieurs de leurs animateurs étaient installés à Abidjan comme membres du gouvernement et chargés d’empêcher le parlement de l’époque de travailler. Soro avait non seulement le contrôle de Gbagbo, mais il pouvait faire en sorte que ce dernier prenne des ordonnances illégales, sous l'étiquette de la paix, pour modifier toutes les lois de la République juste pour le bon plaisir de Ouattara. Qui dit mieux ? Ne parlons pas des biens qu’il a acquis alors qu’il gérait l’Etat de Côte d’Ivoire en complicité avec Gbagbo, tout en pillant les zones CNO. En résumé, disons qu'effectivement, personne n’a fait mieux que Soro ces dix dernières années dans la destruction et la criminalisation de l’Etat. Il a été un des grands maîtres de la rebfondation. Il est inégalable dans l’art du pillage systématique du pays. Sur ce plan, sa rhétorique le condamne comme un criminel. D’autres que Soro auraient eu de telles performances qu’ils auraient été internés à la Haye ou ici, dans une de nos prisons obscures. Lui pas. Qui dit mieux ?
Le second exemple qu’il faut comprendre est beaucoup moins évident. Nous voyons le président Soro raconter partout que les armes se sont imposées à lui et qu’il a accepté de les prendre pour obtenir les cartes d’identité de ceux au nom desquels la rébellion aurait été organisée.

A écouter cette rhétorique, la rébellion serait le fruit de frustrations ressenties par de nombreuses personnes privées de leurs pièces d’identité. M. Soro et ses amis ont donc pris les armes pour que cette identité soit rétablie et que ces droits soient reconnus. Grâce à la rébellion, les FAFN auraient donc réussi à faire obtenir leurs papiers d’identité et leur droit de vote à de nombreuses personnes, dans un pays qui les excluaient. A écouter ce discours, Guillaume Soro et ses amis des FAFN, devenues aujourd’hui FRCI, auraient pris en otage une moitié du pays, partagé le pouvoir de Gbagbo et les ressources de l’autre moitié pour que les questions de l’identité et de l’électorat soient réglées. Dix ans de criminalisation de l’Etat de Côte d’Ivoire, plus de 500 milliards de francs cfa dépensés, de nombreux morts des deux cotés, une quantité énorme d’armes mise en circulation, un accroissement de la pauvreté et de la misère partout, mais pour quel résultat à part l’enrichissement illicite des animateurs des FAFN et leur impunité ? Telle est la question.

Supposons que Soro ait raison et que les armes se soient imposées à lui pour qu’il vienne obtenir les cartes d’identité et les cartes d’électeurs pour de nombreuses populations de Côte d’Ivoire frustrées. Regardons quel est le degré de robustesse, de pertinence de cette proposition rhétorique. Une méthode simple mais heuristique est de prendre l’évolution du nombre d’électeurs dans notre pays lors des différentes échéances présidentielles et de voir quelle part nous devons attribuer au travail héroïque de la rébellion de Soro et des FRCI pendant les dix ans au cours desquelles ils ont impunément endeuillé la Côte d’Ivoire.

Aux élections présidentielles de 2000, il y avait en Côte d’Ivoire près de 5,5 millions d’électeurs âgés de plus de 18 ans et ce chiffre était en hausse de 1,7 millions par rapport à l’électorat de 1995. Ce qui nous donne un taux d’accroissement de l’électorat entre 1995 et 2000 d’environ 31%.

En 2000, sur les 5 millions et demi d’électeurs, seulement 2.049.018 sont allés voter et nous avons enregistré un taux d’abstention élevé de 62%, qui représente les citoyens passifs qui rendent moribonde toute démocratie. En 2010, après dix ans de rébellion et l’inscription de tous les frustrés de Soro, la liste électorale définitive donne 5.780.804 électeurs, dont seulement 4.689.366 ont voté. Rappelons que le taux d’accroissement de la population électorale entre 1995 et 2000 était de 31% environ. Si nous appliquons mécaniquement ce taux à l’électorat de 2000, nous pouvons estimer qu’en 2005, si des élections avaient eu lieu, nous aurions eu l’électorat de 2000 augmenté de 31%, soit environ 1.650.000 personnes en plus, ce qui nous aurait donné en 2005 une liste de 7.150.000 votants potentiels. Et si nous appliquons le même taux d’accroissement de 31% à ce nombre de 2005, nous aurions obtenu en 2010, théoriquement, compte tenu du profil démographique du notre pays et toutes choses étant égales par ailleurs, une liste électorale en hausse de 2.216.500 personnes, situant l’électorat potentiel à environ 9.366.500 personnes (7.150.000+2.216.500).

Or, après dix ans de rébellion, de tergiversations et après avoir dépensé des sommes astronomiques pour un petit pays pauvre et surendetté, nous n’avons obtenu que 5.780.804 électeurs. Alors de deux choses l’une. Soit Soro a pris les armes et il a eu gain de cause et a réussi à inscrire tous les frustrés identitaires, auquel cas, en comparant la liste de 2000 avec celle de 2010 effectivement réalisée par Soro et par la CEI, nous avons juste une différence de 280.804 électeurs (5.780.804-5.500.000). Dans ce premier cas de figure, Soro devrait être bien déçu de ce piètre résultat. Entre 1995 et 2000, sans rébellion armée, sans destruction de vies humaines, la liste électorale a pu enregistrer des inscriptions supplémentaires de 1.700.000 personnes en seulement cinq ans. Or, entre 2000 et 2010, donc sur une durée plus longue de 10 ans et après la prise des armes par la rébellion, le pillage des zones CNO et l’enrichissement des «com zones» et autres animateurs des FAFN, monsieur Soro, alors premier ministre, n’est arrivé à obtenir les cartes d’identité et les cartes d’électeurs que pour 280.804 personnes supplémentaires. Dire les choses ainsi suppose que nous acceptions que les 280.804 personnes aient été exclusivement inscrites du fait de l’action rebelle de Soro et que les inscriptions des nouveaux majeurs ne sont pas prises en compte ou bien sont le fait exclusif de Soro, que toutes les nouvelles inscriptions ne sont dues qu’à l’action unique de l’unique Soro. Or cette hypothèse elle-même est très osée et inacceptable de façon tout à fait évidente. La rébellion de Soro, en termes d’obtention de papiers d’identité, est d’un résultat très mitigé pour ne pas dire inconséquent. L’effet Soro sur la liste électorale peut donc être qualifié d’insignifiant statistiquement. Les rebelles auraient donc pris les armes pour autre chose que l’obtention des cartes d’identité et d’électeurs pour de nombreuses populations en Côte d’Ivoire. Le mensonge d’Etat se dévoile dans toute sa splendeur. N’est ce pas surprenant ?

Dans le second cas, le taux d’accroissement normal de l’électorat est de 31% en prenant pour base les élections de 1995. Nous aurions dû avoir donc théoriquement en 2010 environ 9.366.500 électeurs. Or dans les faits, avec l’action conjuguée de la CEI et des armes de Soro, nous ne sommes arrivés à obtenir que 5.780.804 inscrits sur la liste électorale de 2010. On peut donc, en comparant ce qui aurait été l’électorat sans les armes de Soro à ce qu’il a été avec les armes de Soro, se rendre compte que l’électorat a reculé avec la rébellion. Au lieu de 9.366.500 inscrits, nous n’avons eu que 5.780.804 personnes. Quelle déception ! Dans ce second cas de figure, le seul effort remarquable de la rébellion aura été l’exclusion de plus de 3 millions et demi de personnes de la liste électorale (9 366 500 - 5 780 804 = 3 585 696). L’effet Soro serait ici négatif. Soro aura pris les armes non pas pour obtenir les cartes d’identité et les cartes d’électeurs pour des populations au nom desquelles il tente aujourd’hui de se justifier, mais plutôt pour empêcher une évolution normale, naturelle de l’électorat vers son niveau optimal et adéquat.

La rhétorique de Soro est mensongère et criminelle. Dans le premier cas de figure, elle est fondée sur une propagande apocryphe, car en terme d’inscriptions sur la liste électorale, son effet est totalement peu convaincant au regard des moyens justificatifs déployés de l’ex chef rebelle. Dans le second cas, la rhétorique est criminelle, car sa rébellion aura plutôt exclu des millions d’électeurs potentiels de la liste électorale. Guillaume Soro fait du révisionnisme en essayant de nous convaincre du contraire, alors que les faits sont si récents et les témoins encore tous vivants.

Dans un cas comme dans l’autre, personne n’a fait mieux que Soro ces dix dernières années (2002-2012). En plus, il faut noter qu’alors qu’il était premier ministre au moment des élections de 2010, et avec seulement 280.804 inscriptions supplémentaires, Mr Soro a obtenu au premier tour des élections présidentielles 941.045 abstentions, c’est à dire des électeurs passifs, identifiés, inscrits et qui ont soit refusé d’aller voter, soit n’ont pas obtenu leurs papiers lors de la distribution organisée par Soro, signataire du fameux Accord politique de Ouagadougou. 500.000 personnes au moins sont dans ce dernier cas. A ces abstentionnistes volontaires ou non, il faut ajouter 225.625 bulletins blancs ou nuls. Ce qui nous donne un total de 1.166.669 personnes qui étaient sur la liste électorale et qui, par exclusion, par refus de voter ou par erreur de vote, ont participé négativement au scrutin, sanctionnant ainsi l’ambiance de terreur instaurée par la rébellion. Il n’y a qu’à voir la distribution de ces abstentions sur l’ensemble du territoire pour le comprendre. Cette tendance abstentionniste sera encore confirmée au second tour des élections, où ce sont cette fois 1.091.438 personnes qui ont regardé avec dégoût ce scrutin, refusant d’y participer, en plus des 99.147 bulletins nuls ou blancs.

Dans le débat politique ivoirien, nous devons faire la chasse aux contre-vérités et aux idées reçues passe-partout, non argumentées, non démontrées et non fondées sur une rigueur analytique. C’est rendre service à la démocratie que de chasser de la liberté d’expression toutes les perversions de la dialectique et du charlatanisme dans la rhétorique. Renforcer la démocratie ne signifie pas être au parlement, dans un ministère ou bien à la présidence de la République. Notre manière quotidienne de traiter les faits, d’analyser la politique, l’économie et la société contribue elle aussi au renforcement de la démocratie. De nombreuses personnes entendent le président de l’Assemblée nationale parler, mais ses propos sont loin d’être conséquents et rigoureux. Et ceux qui l’entendent se posent des questions. De nombreuses personnes pensent que Soro est un homme puissant qui contrôle les Frci ; elles se trompent. Dans la dynamique de criminalisation de l’Etat instaurée par Ouattara, ce n’est pas Soro qui contrôle les Frci, mais bien le contraire. Ce sont les Frci, ex FAFN, qui contrôlent et Soro, et Ouattrara. Les discours révisionnistes et mensongers ne servent qu’à  rassurer leurs milices armées érigées en armée républicaine et leurs supplétifs dozos, sur la pérennité et la vulgarisation sur toute l'étendue du territoire du mode de gestion qui a été appliqué pendant ces dix dernières années dans les zones CNO. Et c'est une réalité: Le pays est de facto administré par les hordes FRCI, les Factions Répressives de Côte d’Ivoire. Nous sommes tous des otages et de potentielles victimes de ces factions ethniques armées. Leur répartition sur l’ensemble du pays n’est rien d’autre que le déploiement d’une armée de réserve qui attend son heure, celle des élections, pour retourner l’ascenseur à leur serviteur d’aujourd’hui.

Alors que faire? Nous suggérons simplement que l’ONU prenne en main notre ministère de la défense et de la sécurité et nous bâtisse une armée, une gendarmerie et une police dignes d’une République moderne. La réforme du secteur de la sécurité sera à ce prix. Autrement, nous laisserons le destin sécuritaire de la Côte d’Ivoire dans les mains de charlatans qui nous abreuveront chaque jour de propagande, de faux et d’illusions dans le seul but de maintenir à leur profit la criminalisation de l’Etat.

La victoire de notre pays sur sa profonde crise ne sera pas politique. Ce ne sera pas celle d’un parti, ni d’un groupe ethnique encore moins celle d’un homme. Elle sera d’abord une victoire des idées. Dans notre pays, il y a ceux qui font la politique uniquement pour devenir quelqu’un ou quelque chose, et ceux qui la font d’abord comme service qu’ils offrent à leur pays, à sa population. Pour cette seconde catégorie, les contorsions partisanes et les arrangements politiques institutionnels qui violent les fondements doivent être abandonnés et proscrits. La politique ne doit pas être vue comme l’art du mensonge et de la roublardise, mais plutôt comme lieu de promotion et de triomphe des principes et des valeurs qui fondent l’harmonie de la vie en société, la vérité et la liberté.

Mamadou KOULIBALY
Président de LIDER