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mardi 1 janvier 2013

[Côte d'Ivoire] Mensonge et criminalisation d'Etat : Soro et le charlatanisme politique

[Côte d'Ivoire] Mensonge et criminalisation d'Etat : Soro et le charlatanisme politique

Mensonge et criminalisation d’Etat
SORO ET LE CHARLATANISME POLITIQUE
Par le Pr Mamadou Koulibaly | LIDER | 28 décembre 2012


Le meilleur des premiers ministres de Gbagbo Laurent aime raconter comment de nombreux lauriers doivent lui revenir et pourquoi il doit être traité comme le meilleur des citoyens de notre pays, celui qui a sauvé la Côte d’Ivoire. En un an comme en dix, n’a-t-il pas mieux fait que tous ?

Voilà plus de dix-huit mois qu’il est au pouvoir sans qu’il n’y ait eu de rébellion organisée contre lui qui, en septembre 2002, se jetait contre l’Etat de Côte d’Ivoire avec sa horde de rebelles en armes. Ils étaient venus y mettre de l’ordre, disaient ceux qui ont été identifiés plus tard comme le Mouvement Patriotique de Côte d’Ivoire, dont Soro était le secrétaire général. Contre lui, personne n’a encore monté une rébellion. Qui dit mieux, en un an comme en dix ?

Dans le débat politique, la liberté d’expression exige, – en démocratie en tout cas –, que toutes les opinions puissent s’exprimer. Personne ne peut interdire que certains puissent écrire et publier que le soleil se lève au nord et se couche à l’ouest, que l’homme et la femme sont du même sexe, que Houphouët Boigny n’est pas mort mais qu’il a simplement émigré en Australie, que les poules ont des dents que seules des lunettes spécifiques permettent de voir, que le 19 septembre 2002 il n’y a eu aucun événement choquant en Côte d’Ivoire, que les prophéties de Malachie sont en cours de réalisation, etc. Toutes ces affirmations, dans un certain sens, découlent de la liberté d’expression. Dans le processus de construction d'une nation sur des bases démocratiques, tout doit être fait pour sauvegarder cette pluralité des opinions, même si certaines paraissent absurdes, saugrenues et politiquement insensées. Cependant, la liberté d’exprimer ses opinions ne signifie pas la libre acceptation de toutes les opinions exprimées, parce qu’il existe un filtre dans le débat qui permet à notre entendement de sélectionner la vérité et de réfuter l’erreur et le mensonge. Le débat d’idées, la confrontation des opinions sur les questions politiques et économiques comme sur toutes les questions sociales, recourent à l’approche scientifique, à la démonstration argumentée pour exclure les opinions perverses de la dialectique et de la rhétorique.

Le président de l’Assemblée nationale croit que le débat politique est une foire d’opinions de toutes sortes, et ignore que le respect de l’opinion signifie rigueur analytique. Pour lui, comme nous sommes dans le débat politique, n’importe quelle affirmation est bonne à exprimer car, après tout, chacun de nous n’est-il pas propriétaire et responsable de ses idées, de ses sentiments et de ses opinions? Procéder ainsi, comme il le fait, sur des questions sérieuses, relève du charlatanisme politique, car c’est pervertir le débat que d’y jeter de la confusion intellectuelle et morale.

Le charlatanisme politique est une imposture qui tente de se confondre avec la science politique. Dans notre pays, lorsqu’au sommet de l’Etat l’opinion majoritairement exprimée relève de ce type de confusion, c’est la démocratie que l’on assassine et avec elle, la liberté d’opinion et la liberté tout court. Les hommes et les femmes qui font de la politique dans notre pays et qui estiment qu’il s’agit de leur métier, leur gagne-pain, aiment se mettre dans cette posture de perversion de la dialectique, ce qui les amène parfois à suggérer l’enseignement dans nos classes primaires, secondaires et même supérieures de n’importe quoi, n’importe comment et avec n’importe quel moyen, au point de dévaloriser l’école et l’éducation publiques, d’amener les enfants et leurs parents à mépriser la vérité et à croire que la tricherie, le faux, la falsification, la fraude, le mensonge sont des valeurs qui payent plus que la vérité et la rigueur. En la matière, le président du parlement ivoirien est passé maitre. Lui ne se contente pas de pervertir la dialectique; il tente aussi depuis de longues années de pervertir la rhétorique. Les orateurs sérieux dans la politique cherchent normalement à convaincre leur auditoire avec certaines vérités que leurs adversaires du moment peuvent réfuter. Ils restent dans le respect et la noblesse de l’entendement d’autrui. Chez nous, les orateurs se prennent pour des tribuns dès lors qu’ils peuvent, de façon vicieuse, jouer sur les capacités d’erreur de leur auditoire et les persuader du faux. Lorsque la rhétorique abandonne la vertu et recoure au cynisme et aux passions personnelles de l’orateur, à sa cupidité, sa vanité, ses ambitions, son désir de remplir son ventre ou de sauver sa tête, le débat est perverti et les citoyens qui écoutent sont rabaissés au rang de simple foule pour laquelle l’on n’a aucun respect et devant qui l'on n’a aucune responsabilité à assumer. C’est la célébration de cette forme de rhétorique qui tue la démocratie naissante dans notre pays, car le message politique se résume à de la simple propagande qui exige pour son triomphe que l’on supprime toutes les voix discordantes et toute opposition. Cette orientation du débat tue la démocratie et fait place libre à l’autocratie, à la haine de l’autre et à la criminalisation de l’Etat. Pour illustrer ces propos, nous présenterons deux cas qui montrent bien comment le président de l'Assembée, Monsieur Soro Kigbafori Guillaume aime à pervertir la vérité et ériger le mensonge en système de justification de crimes de la rébellion et des crimes d’Etat.

Le premier exemple est celui du bilan des dix ans de gouvernance de la Côte d’Ivoire sous Laurent Gbagbo en tant que président de la république. Le bilan de ces dix ans, selon Soro, est plus faible que son bilan annuel à lui. Comme il est aisé de le dire et comme il est erroné d’y croire ! Ne regardons même pas le contenu du bilan, qui a par ailleurs été dressé plusieurs fois et qui dépend des optiques des uns et des autres. Regardons simplement la forme de cette proposition, sans défendre d’ailleurs Gbagbo, qui se promenait en bateau avec Soro sur les lagunes d’Abidjan et le présentait toujours comme le meilleur de ses premiers ministres, c'est-à-dire celui qui aura mieux contribué au bilan que Affi N’guessan, Seydou Diarra ou Charles Konan Banny.

Soro est celui qui a représenté la rébellion contre l’Etat de Côte d’Ivoire, dix-huit mois seulement après l’accession de Gbagbo au pouvoir. Il a été ministre de la communication, puis premier ministre, tout en gardant la moitié du pays sous le contrôle du MPCI, dont il était le secrétaire général. La bonne méthode consisterait pour lui à évaluer son bilan en tant que responsable à la fois des zones CNO pendant dix ans, et à faire celui des zones non CNO pendant la même période. Il a joué sur les deux tableaux en même temps et ne peut donc se contenter d’évaluer les autres en s’oubliant comme acteur de premier plan de part et d’autre de la zone de confiance.

Comme il le soutient lui-même, le bilan est largement positif pour lui. Les zones CNO sont devenues plus pauvres que le reste du pays pendant les dix ans de gestion des FAFN, dont Mr Soro était aussi le secrétaire général. Il y a eu plus de vols, de pillages, de viols, de braquages, de rackets dans les zones CNO qu’ailleurs dans le pays. Le pillage était systématique et la "Centrale", qui avait été érigée en ministère des finances de la rébellion, s’est enrichie des prélèvements obligatoires illicites sur les populations, des butins issus des casses de banques et des agences locales de la Bceao, de l’exploitation illégale des forêts et des minerais de métaux précieux. Soro a réussi à faire payer par l’Etat de Côte d’Ivoire le remboursement intégral des sommes emportées par lui et ses compagnons des FN lors des casses de la Bceao à cette institution. Sans ce remboursement, les comptes de la Bceao n’auraient pas été certifiés par les auditeurs. Qui dit mieux face à de telles performances? N’importe qui d’autre aurait fait cela, qu’il aurait été en prison pour crimes économiques. Mais dans le cas de monsieur Soro, c’est plutôt lui qui juge les autres. Le pire fait le procès du mal.

Dans les zones CNO, des quantités inestimables de productions agricoles ont été volées et détournées en direction de sites de transformation et d’exportation installés dans les pays voisins pour le compte de Soro, du MPCI et des FN au moment où plusieurs de leurs animateurs étaient installés à Abidjan comme membres du gouvernement et chargés d’empêcher le parlement de l’époque de travailler. Soro avait non seulement le contrôle de Gbagbo, mais il pouvait faire en sorte que ce dernier prenne des ordonnances illégales, sous l'étiquette de la paix, pour modifier toutes les lois de la République juste pour le bon plaisir de Ouattara. Qui dit mieux ? Ne parlons pas des biens qu’il a acquis alors qu’il gérait l’Etat de Côte d’Ivoire en complicité avec Gbagbo, tout en pillant les zones CNO. En résumé, disons qu'effectivement, personne n’a fait mieux que Soro ces dix dernières années dans la destruction et la criminalisation de l’Etat. Il a été un des grands maîtres de la rebfondation. Il est inégalable dans l’art du pillage systématique du pays. Sur ce plan, sa rhétorique le condamne comme un criminel. D’autres que Soro auraient eu de telles performances qu’ils auraient été internés à la Haye ou ici, dans une de nos prisons obscures. Lui pas. Qui dit mieux ?
Le second exemple qu’il faut comprendre est beaucoup moins évident. Nous voyons le président Soro raconter partout que les armes se sont imposées à lui et qu’il a accepté de les prendre pour obtenir les cartes d’identité de ceux au nom desquels la rébellion aurait été organisée.

A écouter cette rhétorique, la rébellion serait le fruit de frustrations ressenties par de nombreuses personnes privées de leurs pièces d’identité. M. Soro et ses amis ont donc pris les armes pour que cette identité soit rétablie et que ces droits soient reconnus. Grâce à la rébellion, les FAFN auraient donc réussi à faire obtenir leurs papiers d’identité et leur droit de vote à de nombreuses personnes, dans un pays qui les excluaient. A écouter ce discours, Guillaume Soro et ses amis des FAFN, devenues aujourd’hui FRCI, auraient pris en otage une moitié du pays, partagé le pouvoir de Gbagbo et les ressources de l’autre moitié pour que les questions de l’identité et de l’électorat soient réglées. Dix ans de criminalisation de l’Etat de Côte d’Ivoire, plus de 500 milliards de francs cfa dépensés, de nombreux morts des deux cotés, une quantité énorme d’armes mise en circulation, un accroissement de la pauvreté et de la misère partout, mais pour quel résultat à part l’enrichissement illicite des animateurs des FAFN et leur impunité ? Telle est la question.

Supposons que Soro ait raison et que les armes se soient imposées à lui pour qu’il vienne obtenir les cartes d’identité et les cartes d’électeurs pour de nombreuses populations de Côte d’Ivoire frustrées. Regardons quel est le degré de robustesse, de pertinence de cette proposition rhétorique. Une méthode simple mais heuristique est de prendre l’évolution du nombre d’électeurs dans notre pays lors des différentes échéances présidentielles et de voir quelle part nous devons attribuer au travail héroïque de la rébellion de Soro et des FRCI pendant les dix ans au cours desquelles ils ont impunément endeuillé la Côte d’Ivoire.

Aux élections présidentielles de 2000, il y avait en Côte d’Ivoire près de 5,5 millions d’électeurs âgés de plus de 18 ans et ce chiffre était en hausse de 1,7 millions par rapport à l’électorat de 1995. Ce qui nous donne un taux d’accroissement de l’électorat entre 1995 et 2000 d’environ 31%.

En 2000, sur les 5 millions et demi d’électeurs, seulement 2.049.018 sont allés voter et nous avons enregistré un taux d’abstention élevé de 62%, qui représente les citoyens passifs qui rendent moribonde toute démocratie. En 2010, après dix ans de rébellion et l’inscription de tous les frustrés de Soro, la liste électorale définitive donne 5.780.804 électeurs, dont seulement 4.689.366 ont voté. Rappelons que le taux d’accroissement de la population électorale entre 1995 et 2000 était de 31% environ. Si nous appliquons mécaniquement ce taux à l’électorat de 2000, nous pouvons estimer qu’en 2005, si des élections avaient eu lieu, nous aurions eu l’électorat de 2000 augmenté de 31%, soit environ 1.650.000 personnes en plus, ce qui nous aurait donné en 2005 une liste de 7.150.000 votants potentiels. Et si nous appliquons le même taux d’accroissement de 31% à ce nombre de 2005, nous aurions obtenu en 2010, théoriquement, compte tenu du profil démographique du notre pays et toutes choses étant égales par ailleurs, une liste électorale en hausse de 2.216.500 personnes, situant l’électorat potentiel à environ 9.366.500 personnes (7.150.000+2.216.500).

Or, après dix ans de rébellion, de tergiversations et après avoir dépensé des sommes astronomiques pour un petit pays pauvre et surendetté, nous n’avons obtenu que 5.780.804 électeurs. Alors de deux choses l’une. Soit Soro a pris les armes et il a eu gain de cause et a réussi à inscrire tous les frustrés identitaires, auquel cas, en comparant la liste de 2000 avec celle de 2010 effectivement réalisée par Soro et par la CEI, nous avons juste une différence de 280.804 électeurs (5.780.804-5.500.000). Dans ce premier cas de figure, Soro devrait être bien déçu de ce piètre résultat. Entre 1995 et 2000, sans rébellion armée, sans destruction de vies humaines, la liste électorale a pu enregistrer des inscriptions supplémentaires de 1.700.000 personnes en seulement cinq ans. Or, entre 2000 et 2010, donc sur une durée plus longue de 10 ans et après la prise des armes par la rébellion, le pillage des zones CNO et l’enrichissement des «com zones» et autres animateurs des FAFN, monsieur Soro, alors premier ministre, n’est arrivé à obtenir les cartes d’identité et les cartes d’électeurs que pour 280.804 personnes supplémentaires. Dire les choses ainsi suppose que nous acceptions que les 280.804 personnes aient été exclusivement inscrites du fait de l’action rebelle de Soro et que les inscriptions des nouveaux majeurs ne sont pas prises en compte ou bien sont le fait exclusif de Soro, que toutes les nouvelles inscriptions ne sont dues qu’à l’action unique de l’unique Soro. Or cette hypothèse elle-même est très osée et inacceptable de façon tout à fait évidente. La rébellion de Soro, en termes d’obtention de papiers d’identité, est d’un résultat très mitigé pour ne pas dire inconséquent. L’effet Soro sur la liste électorale peut donc être qualifié d’insignifiant statistiquement. Les rebelles auraient donc pris les armes pour autre chose que l’obtention des cartes d’identité et d’électeurs pour de nombreuses populations en Côte d’Ivoire. Le mensonge d’Etat se dévoile dans toute sa splendeur. N’est ce pas surprenant ?

Dans le second cas, le taux d’accroissement normal de l’électorat est de 31% en prenant pour base les élections de 1995. Nous aurions dû avoir donc théoriquement en 2010 environ 9.366.500 électeurs. Or dans les faits, avec l’action conjuguée de la CEI et des armes de Soro, nous ne sommes arrivés à obtenir que 5.780.804 inscrits sur la liste électorale de 2010. On peut donc, en comparant ce qui aurait été l’électorat sans les armes de Soro à ce qu’il a été avec les armes de Soro, se rendre compte que l’électorat a reculé avec la rébellion. Au lieu de 9.366.500 inscrits, nous n’avons eu que 5.780.804 personnes. Quelle déception ! Dans ce second cas de figure, le seul effort remarquable de la rébellion aura été l’exclusion de plus de 3 millions et demi de personnes de la liste électorale (9 366 500 - 5 780 804 = 3 585 696). L’effet Soro serait ici négatif. Soro aura pris les armes non pas pour obtenir les cartes d’identité et les cartes d’électeurs pour des populations au nom desquelles il tente aujourd’hui de se justifier, mais plutôt pour empêcher une évolution normale, naturelle de l’électorat vers son niveau optimal et adéquat.

La rhétorique de Soro est mensongère et criminelle. Dans le premier cas de figure, elle est fondée sur une propagande apocryphe, car en terme d’inscriptions sur la liste électorale, son effet est totalement peu convaincant au regard des moyens justificatifs déployés de l’ex chef rebelle. Dans le second cas, la rhétorique est criminelle, car sa rébellion aura plutôt exclu des millions d’électeurs potentiels de la liste électorale. Guillaume Soro fait du révisionnisme en essayant de nous convaincre du contraire, alors que les faits sont si récents et les témoins encore tous vivants.

Dans un cas comme dans l’autre, personne n’a fait mieux que Soro ces dix dernières années (2002-2012). En plus, il faut noter qu’alors qu’il était premier ministre au moment des élections de 2010, et avec seulement 280.804 inscriptions supplémentaires, Mr Soro a obtenu au premier tour des élections présidentielles 941.045 abstentions, c’est à dire des électeurs passifs, identifiés, inscrits et qui ont soit refusé d’aller voter, soit n’ont pas obtenu leurs papiers lors de la distribution organisée par Soro, signataire du fameux Accord politique de Ouagadougou. 500.000 personnes au moins sont dans ce dernier cas. A ces abstentionnistes volontaires ou non, il faut ajouter 225.625 bulletins blancs ou nuls. Ce qui nous donne un total de 1.166.669 personnes qui étaient sur la liste électorale et qui, par exclusion, par refus de voter ou par erreur de vote, ont participé négativement au scrutin, sanctionnant ainsi l’ambiance de terreur instaurée par la rébellion. Il n’y a qu’à voir la distribution de ces abstentions sur l’ensemble du territoire pour le comprendre. Cette tendance abstentionniste sera encore confirmée au second tour des élections, où ce sont cette fois 1.091.438 personnes qui ont regardé avec dégoût ce scrutin, refusant d’y participer, en plus des 99.147 bulletins nuls ou blancs.

Dans le débat politique ivoirien, nous devons faire la chasse aux contre-vérités et aux idées reçues passe-partout, non argumentées, non démontrées et non fondées sur une rigueur analytique. C’est rendre service à la démocratie que de chasser de la liberté d’expression toutes les perversions de la dialectique et du charlatanisme dans la rhétorique. Renforcer la démocratie ne signifie pas être au parlement, dans un ministère ou bien à la présidence de la République. Notre manière quotidienne de traiter les faits, d’analyser la politique, l’économie et la société contribue elle aussi au renforcement de la démocratie. De nombreuses personnes entendent le président de l’Assemblée nationale parler, mais ses propos sont loin d’être conséquents et rigoureux. Et ceux qui l’entendent se posent des questions. De nombreuses personnes pensent que Soro est un homme puissant qui contrôle les Frci ; elles se trompent. Dans la dynamique de criminalisation de l’Etat instaurée par Ouattara, ce n’est pas Soro qui contrôle les Frci, mais bien le contraire. Ce sont les Frci, ex FAFN, qui contrôlent et Soro, et Ouattrara. Les discours révisionnistes et mensongers ne servent qu’à  rassurer leurs milices armées érigées en armée républicaine et leurs supplétifs dozos, sur la pérennité et la vulgarisation sur toute l'étendue du territoire du mode de gestion qui a été appliqué pendant ces dix dernières années dans les zones CNO. Et c'est une réalité: Le pays est de facto administré par les hordes FRCI, les Factions Répressives de Côte d’Ivoire. Nous sommes tous des otages et de potentielles victimes de ces factions ethniques armées. Leur répartition sur l’ensemble du pays n’est rien d’autre que le déploiement d’une armée de réserve qui attend son heure, celle des élections, pour retourner l’ascenseur à leur serviteur d’aujourd’hui.

Alors que faire? Nous suggérons simplement que l’ONU prenne en main notre ministère de la défense et de la sécurité et nous bâtisse une armée, une gendarmerie et une police dignes d’une République moderne. La réforme du secteur de la sécurité sera à ce prix. Autrement, nous laisserons le destin sécuritaire de la Côte d’Ivoire dans les mains de charlatans qui nous abreuveront chaque jour de propagande, de faux et d’illusions dans le seul but de maintenir à leur profit la criminalisation de l’Etat.

La victoire de notre pays sur sa profonde crise ne sera pas politique. Ce ne sera pas celle d’un parti, ni d’un groupe ethnique encore moins celle d’un homme. Elle sera d’abord une victoire des idées. Dans notre pays, il y a ceux qui font la politique uniquement pour devenir quelqu’un ou quelque chose, et ceux qui la font d’abord comme service qu’ils offrent à leur pays, à sa population. Pour cette seconde catégorie, les contorsions partisanes et les arrangements politiques institutionnels qui violent les fondements doivent être abandonnés et proscrits. La politique ne doit pas être vue comme l’art du mensonge et de la roublardise, mais plutôt comme lieu de promotion et de triomphe des principes et des valeurs qui fondent l’harmonie de la vie en société, la vérité et la liberté.

Mamadou KOULIBALY
Président de LIDER

samedi 3 décembre 2011

[LIVRE] Côte d'Ivoire : Le coup d'Etat - L'Expédition d'Abidjan

Un livre à lire impérativement

Côte d’Ivoire : LE COUP D’ÉTAT
par Charles ONANA

Préface du président Thabo Mbeki


Quatrième de la couverture.

L’EXPÉDITION D’ABIDJAN

Opposant historique au parti unique imposé pendant 30 ans en Côte d’Ivoire, Laurent Gbagbo remporte les élections présidentielles pour la première fois en 2000 et livre ici quelques confidences.
Détesté par la droite française et toléré par la gauche, il n’a pas le profil habituel des présidents africains appréciés à Paris. Gbagbo n’est ni un corrompu ni un criminel : pis, il aime son pays. Il n’a jamais voulu prendre le pouvoir par les armes et ne supporte pas que l’ancienne puissance coloniale lui dicte sa conduite. Très vite, il devient la cible de l’Elysée.
Ses ennuis commencent quand, à peine arrivé au pouvoir, son adversaire politique, Alassane Ouattara, proche du président Sarkozy et des milieux financiers américains, lui impose « une rébellion » armée et le contraint à gouverner avec elle. En 2004, l’Elysée décide de prendre d’assaut sa résidence. Malgré cette agression, le président Laurent Gbagbo offre son aide pour libérer les otages français, Georges Malbrunot et Christian Chesnot, détenus en Irak. A paris, c’est la consternation. On l’accuse alors d’avoir donné l’ordre de tuer 9 soldats français à Bouaké et d’avoir fait disparaître le journaliste franco-canadien Guy-André Kieffer. Gbagbo exige la vérité mais Paris étouffe les deux affaires. Pourquoi ?
En 2011, Nicolas Sarkozy veut en finir avec Laurent Gbagbo et envoie des chars et des hélicoptères de combat pilonner sa résidence. Pendant dix jours, le président ivoirien, sa famille et ses collaborateurs subissent des bombardements d’une violence inouïe. Quel crime justifie un tel traitement ?
L’enquête de Charles Onana dévoile : les confidences d’un général français qui a servi en Côte d’Ivoire, les rapports inédits de l’ambassadeur français en poste à Abidjan sur Alassane Ouattara et les lettres secrètes des présidents Sarkozy et Compaoré sur la chute de Laurent Gbagbo.

Charles ONANA est journaliste d’investigation et auteur de nombreux ouvrages de référence sur la Seconde Guerre mondiale, les conflits armés en Afrique et la justice internationale. Il est l’auteur entre autres de : La France et ses tirailleurs (2033), Noirs Blancs Beurs libérateurs de la France (2006), Joséphine Baker contre Hitler (2006), René Maran : le premier Goncourt noir (2007), Les secrets du génocide rwandais (2002), Les secrets de la justice internationale (2005), Ces tueurs tutsi au cœur de la tragédie congolaise (2009), Al-Bashir & Darfour :la contre-enquête (2009).

Editions DUBOIRIS. – ISBN : 978-2-916872-17-9

mardi 31 mai 2011

Affaire Dominique-Gaston Strauss-Khan et Nassifatou Diallo : Quand le FMI continue de baiser l'Afrique

AFFAIRE DOMINIQUE GASTON STRAUSS-KAHN ET NASSIFATOU DIALLO : QUAND LE FMI CONTINUE DE BAISER L’AFRIQUE
par Daniel Nkouta


Aussitôt annoncée ce dimanche matin, l’arrestation de Dominique Gaston Strauss-Khan pour exubérance sexuelle avérée ; les médias français ont inondé le monde entier des déclarations tout aussi tapageuse, ridicules que mensongères, proclamant la victimisation du Directeur Général du FMI que l’on a constamment présenté comme un homme de moralité à l’abri du doute. A droite comme à gauche en passant par le centre dans l’Hexagone on a menti sans sourciller, mais non sans gêne tout de même, tentant de faire oublier le fait que l’homme dont s’agit est un multirécidiviste, un récalcitrant à l’appétence sexuelle constamment et puissamment en alerte.

Comme l’affaire concerne un dignitaire politique français, l’on a cru devoir orchestrer un tintamarre assourdissant fait des jérémiades par lesquelles l’on s’insurge contre les images de Dominique Strauss-Kahn menotté et la retransmission de son procès qui ont pu choquer, car en France, le prétendu pays des droits de l’homme, on a beau proclamer l’égalité de tous devant la loi : LIBERTE-EGALITE-FRATERNITE, il existe dans le pays de Sarkozy une justice pour le citoyen lambda, et une autre justice pour les VIP. Ici, l’on a simplement oublié que de nombreux ressortissants d’Afrique noire, notamment du Mali, arrêtés puis expulsés pour immigration dite illégale, ont été trimballés menottés avec images largement diffusées par les chaînes françaises.

Personne ne se souvient, curieusement, que quelques mois à peine encore, Laurent KOUDOU GABGBO, Chef d’Etat, arrêté par les troupes françaises puis remis entre les mains des rebelles d’Alassane Dramane OUATTARA, son adversaire Président élu par quelques puissances occidentales et l’Union Européenne, a été publiquement humilié avec son épouse manifestement violentée ; ces images humiliantes tournées en boucle par la télévision française ont été diffusées dans le monde entier par des chaînes françaises, sans qu’à aucun instant, une seule protestation se soit élevée en France.

L’on nous a ensuite, une semaine durant, rabâché le sacrosaint principe régulièrement appliqué de façon discriminatoire en France, la fameuse présomption d’innocence. La présomption d’innocence, cela signifie que toute personne soupçonnée d’avoir commis une infraction est considérée comme innocente tant qu’elle n’a pas été reconnue coupable par le tribunal qui a jugé l'affaire.

En France, ce principe est affirmé par l’article 9 de la Déclaration des Droits de l'Homme et du Citoyen du 26 août 1789, et par la jurisprudence. Il est également affirmé par l'article 6-2 de la Convention de Sauvegarde des Droits de l’Homme et des Libertés Fondamentales qui proclame : « toute personne est présumée innocente jusqu'à ce que sa culpabilité ait été légalement établie ».

La même France officielle qui, par son Armée qui ne gagne les guerres qu’en Afrique noire, a enlevé le Président Laurent KOUDOU GBAGBO pour le remettre entre les mains des rebelles à la solde de Alassane Dramane OUATTARA son adversaire Président élu par quelques puissances occidentales et l’Union Européenne, l’accusant d’avoir commis des crimes contre l’humanité, sans se souvenir de la présomption d’innocence, car, depuis cet enlèvement contraire au Droit international, le Président Laurent KOUDOU GBAGBO dont la culpabilité n’a jamais été reconnue par la moindre juridiction, croupit dans les geôles de OUATTARA.

On nous dira alors que Laurent KOUDOU GBAGBO n’est qu’un pauvre nègre, la notion de la préservation de l’image de la personne ne vaut que pour les Blancs. A nous autres donc pauvres nègres Africains de comprendre. Mais, de là à daigner ignorer qu’aux Etats-Unis d’Amérique, la notion d’égalité devant la loi vaut pour tout le monde, VIP ou pas, c’est l’expression grandeur nature de la sottise souverainement française.

Aujourd’hui, l’Afrique a de quoi rigoler très largement. L’on se souvient en effet encore de l’affaire dite « Arche de NOE », cette tentative d’enlèvement d’enfants tchadiens, par un groupe de boyscoutistes-tiermondistes français, dans laquelle, pour des besoins électoralistes, Nicolas Sarkozy ignorant la souveraineté de l’Etat tchadien avait proclamé qu’il irait personnellement chercher ces compatriotes pour les ramener en France, ce qu’il fit immédiatement. L’Afrique avait jusqu’ici espéré que cette fois aussi, Monsieur Nicolas Sarkozy nous ferait sinon la même démonstration de force en allant récupérer son compatriote à New York, au moins, profiter de la tenue du G8 en France, pour exiger de son homologue, Barak Hussein Obama, la libération immédiate de Dominique Gaston Strauss-Khan.

Nous croyons même savoir que l’affaire n’a pas été évoquée à l’occasion car, que l’on ne se trompe pas, l’arrestation de Dominique Gaston Strauss-Khan, secret de polichinelle, nous semble être un bon traquenard, pour défaut de reconnaissance, ou violation de pacte secret : « Je te fais nommer au FMI, à la condition que tu ne gênes pas ma candidature à la prochaine présidentielle en t’abstenant d’être candidat ».

Ainsi, les Français devraient comprendre, avec ce faisceau de faits, qu’en s’insurgeant contre l’immigration subsaharienne réputée être un fléau pour la stabilité de la France, ils se trompent lourdement de diagnostic. Que dire de certains lobbies qui contrôlent, en France comme aux USA, tous les circuits politiques, médias, éducationnels, etc. ? Aucun secteur, aucun pan de la société n’échappe à leur contrôle...

L’on a donc beau nier les faits, comme l’a écrit Arthur de Gobineau dans son Essai sur l’inégalité des races humaines : « On s'est montré disposé à admettre que nulle cause extérieure n'avait sur une société une prise mortelle, tant qu'un principe destructif né d'elle-même et dans son sein, inhérent, attaché à ses entrailles, n'était pas puissamment développé, et qu'au contraire, aussitôt que ce fait destructeur existait, le peuple, chez lequel il fallait le constater, ne pouvait manquer de mourir, fût-il le mieux gouverné des peuples, absolument comme un cheval épuisé s'abat sur une route unie ».

Ceci pour dire que ce ne sont donc pas, loin s’en faut, les Nègres venus du Sud du Sahara, ou les Arabes venus du Maghreb qui menaceraient l’avenir de l’Hexagone ; le danger pour la France gît ailleurs. Et si cette affaire « Dominique Gaston Strauss-Khan », qui déteint la crédibilité de la France tout entière, n’était en réalité qu’un complot monté de toute pièce par un lobby politique ?

En effet, dans ce drame où les pulsions sexuelles s’expriment avec ardeur, l’Afrique a beau avoir été une fois encore bien baisée par le FMI, car c’est une jeune femme guinéenne qui a dû être contrainte et forcée de faire la pipe à Dominique Gaston Strauss-Khan, l’on comprend mieux maintenant pourquoi l’ancienne Garde des Sceaux, Rachida Dati, avait cru devoir dire que fellation et inflation signifiaient la même chose ; cet épisode pornographique nous donne  tout de même à constater qu’en France, si l’on est pas violeur, on est PD.

Aux Etats-Unis, en Angleterre, en Allemagne, il est certain, Dominique Gaston Strauss-Khan, avec son palmarès libidineux qui fait de lui le pervers ou prédateur sexuel le plus célèbre de la classe politique française, ne pouvait depuis longtemps espérer le moindre suffrage populaire. Mais en France, le scandale n’existe pas, quelle que soit sa conduite sociale, l’accès à l’Elysée reste possible ; après tout, quel est le Prédisent français, à l’exclusion de Charles de Gaulle, qui n’a pas fait la démonstration des ses caractéristiques tactico-techniques tactiles en matière sexuelle ?

C’est ici toute la différence entre l’Africain et l’homme Blanc, car chez nous, comme Jacob Zuma, lorsque l’on veut d’une autre femme, on la prend à la maison. Interdire la polygamie est une chose, être à même de se contenter d’une seule femme pour assumer la monogamie, c’en est un autre.

Daniel NKOUTA

vendredi 13 mai 2011

Côte d'Ivoire : Crimes d'Etat, terreur totale et silence complice des médias français

Il sera dit un jour que l’obscur Alassane Ouattara fut un homme qui a versé beaucoup de sang ivoirien. Il sera dit un jour que cet homme était en contrat, en alliance, et ce, depuis ses débuts, avec les pires ennemis de l’Afrique, les mitrailleurs et les renifleurs aux griffes de feu, les fauves renifleurs et avaleurs d’or et de diamant, de cuivre et d’uranium, de cacao et de café, de coton et de pétrole… Il sera dit un jour qu’il y avait dans ce Ouattara-là une résonnance de ces hommes qui se battent non pas pour le triomphe d’un quelconque héroïque et majestueux principe, mais pour autre chose ; tout à fait autre chose.

Ouattara. L’homme n’a manifestement ni vision, ni charisme, ni épaisseur ; pis, lorsqu’il parle des Ivoiriens, on ne sent, dans sa voix monocorde de bureaucrate de la bourse mondiale, nulle présence de celui qui veut unir le passé, le présent et l’avenir. Impossible unité, impossible liaison donc de cet homme avec cette terre, avec ce peuple de Côte d’Ivoire. On ne l’imagine pas sur le trône ; et pourtant le voilà Président. Mais comment donc ? A coup de bombes larguées par la France sur Abidjan. Paris débarque, brûle Abidjan, se saisit de Gbagbo et de la fumée des buchers, Ouattara s’élève Président. Ere nouvelle : droit de la force et terreur totale sur la Côte d’Ivoire.

Assassinats, enlèvements, viols, pillages. Simone Gbagbo trainée dans la poussière, martyrisée dans sa féminité ; cruauté innommable : la différence qui sépare l’homme de la bête tout simplement franchie. La mère de Laurent Gbagbo, Mamie Koudou Gbagbo, âgée de 90 ans, arrêtée ; elle aussi ! Arrêtée, séquestrée et malmenée. Désiré Tagro, ancien ministre, assassiné : l’homme négocie la fin des hostilités avec les troupes françaises et se présente un tissu blanc à la main ; à quoi aura-t-il droit ? A une balle plantée dans la bouche. Et Duékoué. Les habitants de Duékoué, génocidés : les hommes, tous les hommes, y compris des gamins de deux ans, alignés massacrés à coup de fusils et de machettes. Et Yopougon, Yop l’insoumise, bombardée, saccagée, pillée, déshabillée, violée, massacrée. Perquisitions cour après cour, parents mis à genou devant leurs enfants ; exécutions sommaires sur indication, chasse aux Guérés et Bétés. Combien de morts ? Combien de corps ramassés par la Croix-rouge ? Combien de corps ? Et le village de Sassandra brulé ; et les villages de Abedem et de Drago rayés de la carte.

Meurtres collectifs, meurtres sélectifs, meurtres génocidaires, épuration ethnique ; rafles et torture instituées en règle de gouvernance. Henri Dacoury Tabley, l’ancien gouverneur de la BCEA0, arrêté, tabassé, torturé ; son corps exposé nu, nié dans son humanité, l’enfer total, enfer filmé ; Affi N’guessan, secrétaire général du FPI et tous ceux qui refusent la soumission, kidnappés, séquestrés, embastillés, frappés, torturés, bestialisés ; les militants de l’opposition traqués, traqués listes à la main, traqués jour et nuit, battues organisées, les militants de l’opposition traqués et assassinés tous les jours ; comme si on voulait rendre impossible tout avenir à l’opposition politique. Echos mussoliniens : «L’opposition n’est pas nécessaire au fonctionnement d’un système politique sain. L’opposition est stupide et superflue dans un régime totalitaire comme le régime fasciste».

Eliminés donc d’abord les proches de Gbagbo ; éliminés ensuite ses sympathisants ; éliminés encore ceux qui pourraient éventuellement devenir ses sympathisants, tous ceux-là qui ne sont pas en allégeance, qui ont eu l’impudence de ne pas accourir pour embrasser comme il se doit, c’est-à-dire avec fougue et flamme soudaine, le nouveau pouvoir. Eliminés tous ces autres-là qui ne sont ni de l’ethnie ni du parti des vainqueurs. Eliminés pour un oui ou pour un non. Eliminés même les alliés d’hier. Ibrahim Coulibaly, dit IB, abattu. L’homme de tous les mauvais coups depuis plus de dix, le compagnon d’hier, celui qui a ouvert les portes d’Abidjan à Ouattara avec ses commandos invisibles, IB encerclé, sommé de se rendre, torturé puis abattu comme un chien. Dynamique fasciste.

C’est qu’il s’agit de semer la terreur ; c’est qu’il s’agit non seulement de châtier, de faire gémir les ivoiriens d’avoir voulu l’émancipation, mais aussi de faire perdre conscience à la société ivoirienne, de la briser, de la modeler dans la terreur ; c’est qu’il s’agit de ramener les Ivoiriens à la case départ, la case esclave avec des méthodes dignes de la gestapo ; c’est qu’il s’agit de faire comprendre à tous les Africains que la liberté est cause de malheur, de grand malheur et que seule la servitude, que seul l’esclavage est porteur d’avenir !
Ouattara plante donc son trône dans le sang. Un trône mugissant et prompt au sacrifice humain. Les Ivoiriens sont désormais, de nouveau, bons à dévorer. A dévorer avec leur pétrole, avec leur cacao, avec leur café. Alors à Paris, on se tait. Jour après jour, on tue à Abidjan et Paris se tait ; et lorsque la terreur s’incruste jusque dans les corps violés de Yopougon, l’un de ces illustres quotidiens de la place parisienne, toute honte bue, parle de «traitement de Yopougon». C’est écrit : rayer des humains, c’est les «traiter». Summum d’inhumanité, insensibilité absolue face aux supplices infligés aux Ivoiriens ; silences.

Silence dans la quasi-totalité de la presse de France. Meurtres collectifs, assassinats politiques et emprisonnements enfermés dans le non advenu, embastillés dans le silence. Ce qui est advenu, ce qui est entrain d’advenir n’est pas advenu ! Silence sur ces familles condamnées à errer dans les forets, sans nourritures, pour fuir l’anéantissement, pour fuir les tueurs de Ouattara ; silence sur Blolequin, ville autrefois habitée par 30 000 personnes, aujourd’hui cité fantôme aux rues désertes ; silence sur ces journalistes et avocats poursuivis, pourchassés comme du gibier à abattre ; silences sur ces cabinets d’avocats brulés ; silence sur ces journalistes et musiciens arrêtés, torturés ; silence sur ces jeunes poursuivis car coupables d’être « nés du mauvais côté », l’Ouest du pays… La Côte d’Ivoire de Ouattara exhale, empeste, pue la mort, les corps sont enfouis dans des conteneurs car les morgues sont débordées, mais … silence dans la presse de l’autoproclamée patrie des Droits de l’Homme. Douleur sans fond des Ivoiriens niée, douleur redoublée par ce déni, ce refus de reconnaissance, cette expulsion dans le non existant, dans le hors langage, dans le «n’ayant pas lieu».

Mais qu’est donc devenue la presse de France ? A quoi sert cette presse qui n’est plus affirmation de la liberté de tous les hommes et qui n’ose plus nommer par son nom, la terreur concrète contre l’homme, contre les hommes ? Pourquoi ce renoncement ? Pourquoi ? Cette presse-là sait pourtant ; elle sait, elle est bien informée, elle est au courant de la terreur qui règne à Abidjan, elle sait qu’on étouffe à Abidjan, que l’air est devenu tout simplement irrespirable et que fait-elle ? On attend qu’elle s’insurge, qu’elle dénonce au nom de la défense des droits de l’homme mais elle fait l’inverse, le contraire : elle se tait. Elle sait que la Côte d’Ivoire vit sous la terreur mais elle ne parle pas. Pourquoi ? Pour quelles raisons ? Parce que tout simplement lever le voile sur la nature et la barbarie du pouvoir installé à Abidjan, serait nommer les responsabilités de la France et révéler, du coup, au monde et au citoyen lambda, ce que Paris, ce que Sarkozy a fait de la Côte d’Ivoire : une terre brutalisée, torturée, massacrée. Crime d’Etat postcolonial.

Or pourquoi nommer ce crime ? Que vaut le destin, la vie des Ivoiriens face aux intérêts suprêmes de la France ? Pas grand-chose. Mépris cynique et vicieux de la vie humaine. Latitude totale donnée ainsi au pouvoir de Ouattara de torturer et de tuer ! Impunité assurée d’avance pour les tueurs et les tortionnaires de l’homme installé à Abidjan. Et où, oui, où le refus inconditionnel et universel de l’assassinat politique, de l’arbitraire, de la torture, de la dictature, de la férocité de la dictature ? Où ? «L’école française d’Alger» est de retour sur le continent africain ; elle fait des ravages au bord de la lagune Ebrié ; on le sait, et pourtant, silences ; on fait bloc dans le silence autour de l’homme de la France à Abidjan. Rien vu ; rien entendu.

Mais qu’importe. Qu’importe le jour, le mois ou l’année : Ouattara, l’homme de Paris à Abidjan, partira un jour. Il partira. Le temps de Ouattara finira. Il n y a pas d’avenir dans l’histoire de l’Afrique pour ce nom là, Alassane Ouattara ; il n’y a d’autre avenir pour ce nom-là que celui d’un Mobutu et d’un Bokassa, eux- aussi tueurs de leurs propres peuples et morts abandonnés de tous. Ouattara partira un jour, et il sera dit ce jour-là, que cet homme faible qui n’avait de force que venue de Paris ; il sera dit que cet homme de la démesure dans la cruauté, aura planté et porté la violence à son paroxysme au cœur de la société ivoirienne. Il sera dit qu’en un seul mois de règne, il aura arrêté et exécuté plus de monde que durant les quarante ans de règne d’Houphouët-Boigny et de Gbagbo réunis ! Il sera dit et rappelé que s’il a pu ainsi sévir impunément, ce fut en parti, grâce, au silence de ceux qui, à Paris, devaient parler et qui ont refusé d’élever la voix. Il sera rappelé que non, ceux-là ne dormaient pas, qu’ils savaient et que leur silence, chacun de leur silence, fut coupable. Martin Niemöller : «Car il est des silences coupables, plus assassins qu’aucune parole, qu’aucune arme peut-être. Car il est des silences complices dont le nombre fait la force, et la force la loi. Celle des majorités silencieuses qui sert de caution et d’alibi aux crimes contre l’humanité.»

David Gakunzi in michelcollon.info, le 11 mai 2011

samedi 23 avril 2011

[Côte d'Ivoire] Le Président de l'Assemblée nationale, M. Mamadou Koulibaly, après sa rencontre avec M. Alassane Ouattara

« J’étais à Accra, j'ai reçu un appel du président Ouattara qui souhaitait s'entretenir avec moi. J'avais moi aussi un certain nombre de choses à discuter avec lui.Je suis arrivé hier [mardi, ndlr] et ce matin je sors d’une audience avec lui. Nous avons parlé de plusieurs sujets. En particulier, je lui ai fait part des préoccupations des députés qui aimeraient bien qu’en tout début de mandat, nous puissions nous inscrire dans la légalité constitutionnelle. Donc que les ordonnances qui ont été prises puissent faire l’objet d’une autorisation de l’Assemblée nationale, d’une régularisation. Le président a donné son accord.

Les députés ont suggéré aussi que l’on puisse entrer dans l’application de la Constitution, le respect de l’Etat de droit, le respect des libertés individuelles. Le président de la République m’a dit qu’il était conscient de la question et qu'il prenait toutes les dispositions pour qu’il en soit ainsi.

Au nom des députés, je lui ai signalé des problèmes de sécurité, l'assemblée nationale ayant été pillée, mon domicile à Abidjan et à Azaguié, ma famille menacée et pillée. C’est aussi vrai pour l’ensemble des députés. Nous avons trouvé à l’Assemblée nationale un cadavre en putréfaction, tous les bureaux cassés et pillés. Les députés se sont demandé dans quelle mesure ils pouvaient avoir la sécurité, puisqu’ils se sont déjà inquiétés de la situation auprès des ministres concernés mais que rien n’avait encore été fait. Le président a donc donné des instructions pour qu’assez rapidement l’Assemblée nationale soit sécurisée. Parce qu’il y a des pillages chaque jour. Il y a des gens qui passent pour ramasser ce qui est resté.

Nous avons parlé de l’Etat de droit pour expliquer qu’en début de mandat, conformément au vœu de l’Union africaine, le président de la République puisse avoir une prestation de serment régulière. Il a donné son accord et je crois savoir, si je ne trahis de secret, que le président du Conseil constitutionnel, Yao N’dré, est en route pour Abidjan, où il arrive probablement demain. Et très rapidement, le président m’a dit qu’une cérémonie serait organisée pour rester conforme au vœu de l’Union africaine.

Je lui ai dit par ailleurs, toujours concernant la sécurité, que de nombreux militants du Fpi et de Lmp, ceux qu’on appelle pro-Gbagbo, étaient très inquiets pour leur sécurité dans les quartiers. Qu’ils étaient dénoncés, indexés, comme si être militant de ce parti ou de ce mouvement était une tare. Ils se cachent, ils se sentent brimés. Nombreux sont également ceux qui ont fui et qui se sont réfugiés au Ghana, au Togo ou au Bénin. Il serait bien d’aller vers une détente pour que ces militants se sentent bien sécurisés. Et de surcroit, je lui ai signalé plusieurs appels reçus d’amis et de proches de populations bété qui me disent, «Nous sommes poursuivis, tués dans des quartiers simplement parce que nous sommes Bété.» Et l’ethnie ne peut pas être un défaut. Et si l’on peut reprocher des choses au Fpi, ce n’est pas aux Bété qu’il faut le faire payer. Si l’on peut reprocher des choses à Gbagbo Laurent, ce n’est pas aux Bété qu’il faut le faire payer.

Si nous rentrons dans ce jeu, jamais nous n’aurons de réconciliation et nous n’aurons de paix. Le président de la République a pris le téléphone, il a appelé les ministres concernés. Il a demandé que des enquêtes soient faites rapidement afin que cette situation s’estompe. Parce qu’il n’a pas envie de gouverner au nom d’une ethnie.

J’en ai profité aussi pour lui dire que l’Assemblée nationale faisait sa séance solennelle d’ouverture le mercredi 27 avril 2011, la première session ordinaire pour l’année 2011.

J'en ai profité pour lui dire la méfiance, la tension, l’absence d’Etat pour le moment, les fonctionnaires qui ne vont pas au travail, les policiers, les gendarmes apeurés, les militaires effrayés... Je lui ai dit que ce serait peut-être bien qu’il parle aux Ivoiriens encore une fois, mais pas dans le cadre d’une interview classique comme nous l’avons déjà vu. Mais qu’il saisisse la tribune de l’Assemblée nationale pour dire aux Ivoiriens où il va, comment il veut y aller, avec qui, dans quelles conditions de sécurité, de réconciliation, de détente. Et qu’à ce propos, les députés m’avaient demandé de lui adresser une invitation pour le 27 pour qu’il vienne s’adresser aux Ivoiriens. Le président m’a dit qu’il donnait son accord et qu’il se préparerait pour le mercredi 27 pour s’adresser aux Ivoiriens.

Je pense qu’en allant dans ce sens, et si les uns et les autres acceptaient d’arrêter de se bagarrer, si ceux qui ont des armes arrêtaient de menacer ceux qui n’en ont pas, si ceux qui sont Rhdp arrêtaient de faire peur à ceux qui ne sont pas Rhdp, si les représentants locaux du Pdci ou du Rdr arrêtaient de faire peur aux représentants locaux du Fpi, peut-être que nous aurions une chance extraordinaire de reconstruire ce pays après ce chaos. Mais, si jamais certains pensent que l’arrivée de Ouattara au pouvoir, c’est le pouvoir aux Dioula ou aux Nordistes alors, ils peuvent faire ce qu’ils veulent, alors c’est le chaos promis. Jamais il n’y aura de réconciliation, jamais il n’y aura de paix, jamais il n’y aura d’Etat, jamais il n’y aura de nation. Et là où nous sommes, nous sommes encore loin du fond du puits. C’est vrai que les temps sont durs, les Ivoiriens pensent que nous sommes tombés, que c’est grave. Mais il y a pire que la situation dans laquelle nous sommes. Il faut regarder ce qui est arrivé à Haïti, il faut regarder ce qui est arrivé en Somalie. On n’a pas encore vu le pire, faisons donc tout pour l’éviter. »

Le 20 avril 2011

SOURCE : http://saoti.over-blog.com/article-mamadou-koulibaly-apres-sa-rencontre-avec-ouattara-72190206.html

lundi 7 mars 2011

Côte d'Ivoire : la logique de l'absurde" ?

Côte d’Ivoire : la logique de « l’absurde » ?Par Pierre Sané
Le scénario du pire, l’intervention armée de l’extérieur, ayant semble-t-il été écarté, voici que se déploie sans peur des contradictions la stratégie de l’absurde. On nous promet un « étouffement économique et financier » de la Côte d’Ivoire : interdiction d’exportation du cacao, interdiction faite aux banques de « coopérer » avec le régime de Laurent Gbagbo, interdiction de paiement des salaires des fonctionnaires et des soldats, gel des avoirs d’individus et de sociétés nationales et privées, restrictions de déplacements, autant d’actions à la légalité pour le moins douteuse. Avec le déroulé de cette stratégie aux intentions clairement néfastes pour l’ensemble du pays et de ses habitants, il est légitime de se demander si cet acharnement résulte du seul contentieux électoral du scrutin présidentiel du 28 novembre 2010. Car si tel était le cas, on attendrait tout simplement la fin de la mission de l’Union africaine dont les recommandations sont supposées être contraignantes. Aux yeux du gouvernement français, « grand ordonnateur » de cette campagne acharnée de sanctions, quelle importance, au fond, que Laurent Gbagbo ou Alassane Ouattara soit le vainqueur du scrutin ? Mais pour Nicolas Sarkozy, qui en a fait une affaire personnelle… qui sait ? Résultat : la diplomatie française en Afrique continue à être piégée par la confusion entre intérêts personnels, réseaux et logique d’Etat.

Les sanctions prises par les pays européens, le Canada et les Etats-Unis visant des individus et des sociétés ivoiriennes (et même les accréditations d’ambassadeurs) s’écrouleront, c’est là mon intime conviction, dès les premiers recours juridiques. Car ces sanctions sont fondées sur le refus de reconnaître le président soit disant « élu » et de se mettre à son service ; or n’importe quel juge guidé par son « âme et conscience » demandera avant toute chose à examiner la Constitution ivoirienne avant de trancher. Et comme cette Constitution n’a jamais été suspendue par aucune des résolutions du Conseil de sécurité des Nations unies, elle sera la seule source en droit pour le juge.

A part les mesures prises par la trentaine de pays évoqués ci-dessus, les seules autres actions à l’encontre de la Côte d’Ivoire et des habitants du pays viennent des sept autres pays de l’Union économique et monétaire ouest-africaine (UEMOA) et d’Alassane Ouattara lui-même.

Le retrait de la signature internationale au niveau de la Banque centrale des Etats de l’Afrique de l’Ouest (BCEAO) a eu comme conséquence la suspension des mécanismes de compensation interbancaire et éventuellement la fermeture provisoire de plusieurs banques, empêchant l’accès des clients à leurs comptes bancaires. Nous risquons sous peu d’être confrontés à des violations sérieuses des droits de l’homme qui relèveront de la responsabilité de ces banques si leurs clients n’arrivent pas à soigner des parents malades, alimenter proprement leurs enfants, payer des salaires dans le respect du droit du travail. Il serait judicieux que organisations non gouvernementales et avocats se mobilisent activement et sans tarder pour documenter avec précision tous les cas individuels de violations de droits humains à des fins de poursuites ultérieures devant les juridictions nationales, régionales ou internationales.

L’interdiction temporaire annoncée par Alassane Ouattara de l’exportation de fèves de cacao va quant à elle faire surtout l’affaire des spéculateurs qui ont acheté à terme et qui vont profiter de la flambée des cours. Notamment la société Armajaro du trader Anthony Ward qui a acquis, en juillet 2010, 240 000 de tonnes de cacao soit 20 % de la production ivoirienne et 15 % des stocks mondiaux. Cette société a investi 1 milliard de dollars et en tirera un profit substantiel rien qu’à la suite de cette décision d’Alassane Ouattara dont le beau-fils, Loïc Folloroux, 35 ans, n’est autre que le directeur Afrique d’Anthony Ward (1). Pure coïncidence, il va sans dire. Quant aux producteurs et aux commerçants ivoiriens... qui s’en soucie ? L’objectif est plutôt de les « étouffer » !

Etouffer consiste à faire perdre la respiration par asphyxie, en d’autres termes à tuer. Mais qui va-t-on tuer ? Laurent Gbagbo ou la Côte d’Ivoire ? Qui sera le tueur ? Et pourquoi ? N’y a-t-il pas d’autres alternatives ? Ou s’agit-il d’imposer coûte que coûte Alassane Ouattara quel que soit par ailleurs le résultat sincère du scrutin ? Et cela sans attendre les conclusions de la mission de l’Union africaine.

Supposons une minute qu’après vérification Alassane Ouattara n’ait pas gagné les élections ? Cela relèverait-il du domaine de l’impossible ou carrément de la divagation? D’où vient cette certitude inébranlable concernant la victoire d’Alassane Ouattara ? De la proclamation des résultats par le Président de la Commission électorale indépendante (CEI) ? On sait qu’il n’y avait pas consensus au sein d’une CEI qui était par ailleurs forclose. De la certification par le Représentant spécial du secrétaire général des Nations unies ? Sa précipitation et le non-respect des procédures ont malheureusement entaché sa certification. D’où un doute légitime dans l’esprit de beaucoup. Tant qu’un doute nous habite, un seul doute, il serait ignominieux de laisser un pays frère se faire « étouffer ».

La certitude inébranlable en l’infaillibilité des arbitres, qui plus est arbitres auxiliaires, et donc en la victoire au sortir des urnes d’Alassane Ouattara (ou de Laurent Gbagbo d’ailleurs) est une proposition indubitablement absurde et, pis encore, dangereuse, voire suicidaire puisqu’elle maintient les deux protagonistes dans des positions maximalistes.

Est absurde ce qui n’est pas acceptable par la raison et par le bon sens : la stratégie de l’étouffement financier est absurde parce que si Alassane Ouattara arrive avec le soutien de la France à étouffer (tuer) la Côte d’Ivoire, il n’aura rien à gouverner si ce n’est un champ de ruines. En outre, à supposer que Laurent Gbagbo ait pris en otage la Côte d’Ivoire, tuer un otage qu’on veut libérer ne fait pas du prétendu preneur d’otage l’assassin. L’assassin est bien celui qui aura tué (étouffé) avec préméditation et impéritie. Ensuite, si Alassane Ouattara n’y parvient pas et que le pays réussit à survivre à la tentative d’asphyxie, aucun Ivoirien ne voudra alors le voir arriver au pouvoir. Jamais ! Car on a beau se dire que tout est permis à qui veut arriver au pouvoir, il est des actions que l’on ne doit pas entreprendre contre son pays et ses concitoyens. Je me souviens de ce que me confiait Me Abdoulaye Wade au Sénégal au lendemain des élections de 1993 qu’il était convaincu d’avoir remportées, après que le Conseil constitutionnel ait proclamé son adversaire vainqueur : « Je ne franchirai jamais les grilles du Palais en marchant sur les cadavres des Sénégalais ».

Est absurde ce qui n’est pas conforme aux lois de la cohérence et de la logique rationnelles : la stratégie de l’étouffement est absurde parce que les sanctions ne feront pas la différence entre les producteurs de cacao pro-Ouattara et ceux qui s’opposent à lui. Pareil pour les fonctionnaires privés de salaires. Ne préfèreront-ils pas tous un recomptage des votes ou une nouvelle élection à un étouffement ? Qui plus est, ces banques qui auront fermé vont perdre la confiance de leurs clients quelle que soit par ailleurs l’issue du contentieux électoral.

Absurde aussi parce que les millions de Sénégalais, Maliens, Nigérians, Burkinabè, etc. qui vivent en Côte d’Ivoire vont souffrir de ces sanctions. Peut-être même vont-ils être obligés de quitter leur terre d’adoption. Il est facile de prédire pour qui ils vont voter lors de prochaines échéances électorales dans leurs propres pays si les décisions prises par leurs chefs d’Etat respectifs venaient à asphyxier le poumon économique de l’Afrique de l’Ouest.

Absurde, quand tu nous tiens !
Laurent Gbagbo est accusé d’être un usurpateur et pour le faire partir on veut asphyxier le pays. Or il affirme détenir des preuves sur les irrégularités qui ont entaché le scrutin. Saddam Hussein affirmait ne pas détenir d’armes de destruction massive. On lui a dit « prouve-le », ce qui est absurde car la charge de la preuve incombe toujours aux accusateurs. Laurent Gbagbo dit qu’il a des preuves de fraudes qui ont dénaturé le verdict final ; on lui dit littéralement « on s’en fiche » et, comble d’absurdité, on s’apprête à étouffer son pays alors qu’il suffirait de vérifier si ces preuves sont tangibles ou pas.

Et le jaillissement de l’absurde ne s’arrête pas là.
La sanction, c’est ce qui normalement frappe le délinquant mais encore faut-il qu’on nous dise quelle loi a été enfreinte. Il y a un simple contentieux électoral et le Conseil constitutionnel du pays s’est prononcé et a investi Laurent Gbagbo. La communauté internationale n’ayant aucune compétence pour désigner un Président en Côte d’Ivoire pas plus qu’au Gabon (2), Alassane Ouattara est donc en fait un Président « autoproclamé », ayant lui-même sollicité vainement l’investiture du Conseil constitutionnel, et ce faisant, il continue de violer la loi ivoirienne depuis trois mois. Mais c’est Laurent Gbagbo qui se fait sanctionner !

Et qui plus est, c’est lui qui se ferait spolier en acceptant le recomptage des voix puisqu’il est déjà le Président investi par la plus haute instance juridictionnelle qui soit !

Mais que voulez-vous, c’est décidément à un véritable déferlement d’absurdités auquel nous assistons en Côte d’Ivoire.

Toute cette absurdité m’horripile et me laisse perplexe.
Ce qu’on oublie complaisamment c’est que la moitié de l’électorat a voté pour Laurent Gbagbo. Et qui sait ce que ferait l’électorat PDCI si les élections étaient à refaire aujourd’hui, échaudé qu’il est par la découverte de la réalité de l’axe RDR-rebelles. D’autant plus que chaque fois que le chef politique des rebelles ouvre la bouche, il fait perdre à Alassane Ouattara de sa crédibilité. Ne se rend-il donc pas compte que les chefs d’Etat africains sont « allergiques » aux rebelles ? Je mets d’ailleurs au défi la communauté internationale d’exiger de nouvelles élections entre Laurent Gbagbo et Alassane Ouattara pour solder enfin le contentieux électoral et mettre fin à ce « festival de l’absurde » !

Sauf si l’objectif délibéré était de conduire le pays à la guerre, guerre civile cette fois, afin de justifier l’intervention extérieure ! A ce moment-là, ce qui paraît absurde aujourd’hui sera logique et rationnel demain.

Pathétique de cynisme et de myopie !
En attendant, il est évident que ce qui se joue en Côte d’Ivoire aujourd’hui est d’une importance capitale pour le devenir de nos enfants en Afrique et donc nous interpelle tous. A nous de savoir relever le défi à l’entame du deuxième cinquantenaire de nos indépendances.

Pierre Sané, ancien Secrétaire général d’Amnesty International et ancien Sous-directeur général de l’UNESCO, est président d’Imagine Africa[i]
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(1)     Voir Jeune Afrique du 11 août 2010 : « Main basse sur le cacao »
(2)     Candidat malheureux à l’élection présidentielle gabonaise du 30 août 2009, André Maba Obame, s’étant estimé spolié par la Cour constitutionnelle, s’est autoproclamé Président de la République le 25 janvier 2011 et a demandé la reconnaissance de l‘ONU, avant de prendre refuge dans les locaux du Programme des Nations unies pour le développement (PNUD) à Libreville du 25 janvier au 27 février 2011.

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"La force brutale et aveugle livre celui qui l'exerce à d'imparables faiblesses" (E. Glissant, P. Chamoiseau).

mardi 22 février 2011

[Côte d'Ivoire] Interview : Me Koffigoh (UA) dit ses vérités sur la crise post-électorale

Côte d’Ivoire [Interview] : Me Koffigoh (UA) dit ses vérités sur la crise post-électorale


  (AfriSCOOP Exclusif) — Alors que s’amorcent les missions de bons offices confiées par l’Ua à un panel de cinq présidents africains, Me Joseph Kokou Koffigoh (chef de la Mission d’observation de l’Ua au cours de la présidentielle ivoirienne) nous livre en exclusivité sa lecture de l’évolution de l’actualité en Côte d’Ivoire. Me Koffigoh fut Premier ministre au Togo.

AfriSCOOP : L’Ua a mis en place un panel de 5 présidents pour plancher sur la crise ivoirienne, avec à terme des « propositions contraignantes » pour les camps Ado et Gbagbo. En quoi l’action de ce panel ne sera pas un bis repetita ?

Koffigoh : La décision de l’Union Africaine de mandater cinq (5) présidents au chevet de la Côte d’Ivoire est bonne, à condition que les chefs d’Etat se rendent à Abidjan sans parti pris, c’est-à-dire avec le souci de proposer des solutions acceptables pour les protagonistes. Je ne comprends pas trop le terme « propositions contraignantes » dans un tel cas de figure. La contrainte aurait dû jouer depuis huit ans pour faire plier la rébellion, au lieu de la complaisance dont on a fait preuve en déroulant le tapis rouge à ceux qui ont pris les armes contre leur propre pays, au mépris des résolutions, pactes et protocoles de l’Union Africaine et de la CEDEAO.

L’Ua ne se contredit-elle pas en mettant sur pied ce panel tout en « reconnaissant la victoire d’Ado » lors du second tour de la présidentielle du 28 novembre 2010 ?

La contradiction est flagrante. L’Union Africaine, par ce biais, a dressé un obstacle sur son propre chemin pour la résolution de la crise en établissant, comme une évidence, « la victoire » d’Alassane Dramane Ouattara. La démarche la plus sage eût été d’évaluer la crise post électorale aussi bien au regard des faits allégués par les deux parties, qu’à la lumière du droit constitutionnel ivoirien. L’Union Africaine se comporte comme un juge qui aurait déjà rendu son verdict avant le procès. Et là, il y a problème.

Vous avez été chef de la Mission d’observation de l’Ua en Côte d’Ivoire, dans le cadre de cette présidentielle. Sur cette base, quelle proposition de sortie durable de crise mettrez-vous sur la table ?

La déclaration des observateurs de l’Union Africaine a été adoptée à l’unanimité des délégués. Elle recommande que les contestations éventuelles des résultats soient soumises aux instances prévues à cet effet. En l’occurrence, c’est le Conseil Constitutionnel qui est chargé du contentieux électoral en dernier ressort. Laurent Gbagbo s’est adressé au Conseil de même qu’Alassane Dramane Ouattara. Ce dernier a saisi le Conseil pour la validation du serment qu’il a prêté par écrit, le Conseil l’a déclaré irrecevable : voilà pour le droit. Mais comme il y a problème, il faut simultanément agir sur tous les protagonistes pour trouver un accord et sortir le pays de l’impasse. Jusqu’à présent, les pressions ont été unilatérales et faites en violation de la souveraineté de la Côte d’Ivoire. M. Gbagbo a proposé une évaluation du processus. Je ne crois pas que cela soit si difficile à admettre ou à faire.

Sur « Radio Nana Fm » (une station togolaise), vous avez laissé entendre que le Conseil constitutionnel aurait pu aider à solutionner le différend électoral ivoirien, s’il avait ordonné la reprise du vote dans les zones géographiques sujettes à de vives contestations…

En effet, c’était une option, mais le Conseil (constitutionnel) a décidé autrement. On ne peut pas exclure l’hypothèse que la haute juridiction ivoirienne ait été outrée par la précipitation du représentant de l’ONU qui a rejeté par avance le pouvoir du Conseil, en violation de la souveraineté de la Côte d’Ivoire. Ne trouvez-vous pas bizarre qu’on aille jusqu’à sanctionner de l’extérieur un haut magistrat africain qui a rendu un jugement en son âme et conscience ?

Beaucoup de vos compatriotes gardent, dans le cadre de cette présidentielle ivoirienne, l’image de votre présence à la prestation de serment de Laurent Gbagbo. M. le Premier ministre, en pleine polémique, était-ce la position la plus sage à adopter, même si votre Mission d’observation était finie ?

La Mission d’observation était terminée. Le contentieux électoral vidé, et la Constitution ivoirienne ne prévoit qu’un bref délai pour la prestation de serment. J’étais invité à la cérémonie. Je ne pouvais pas cautionner ceux qui ont fait le choix de déstabiliser la Côte d’Ivoire en remettant en cause une décision souveraine prise par le Conseil constitutionnel d’un Etat indépendant.

Est-ce le Koffigoh panafricain et nationaliste qui a assisté à la prestation de serment sus-citée ou le Koffigoh ami de la famille Gbagbo ?

Les deux.

Lorsqu’on parcourt attentivement divers rapports produites par diverses Missions autour de cette présidentielle, on se rend compte que les deux camps ont été coupables d’irrégularités. N’est-il pas possible de réorganiser un nouveau second tour, en dépit du « non » catégorique de l’Ue à cette perspective ?

Pourquoi pas ? Seulement, cette perspective n’est envisageable que si le désarmement de la rébellion et la réunification du pays deviennent effectifs. Les mêmes causes produisant les mêmes effets, si on réorganise les élections dans les mêmes conditions de pagaille dans les zones sous contrôle des rebelles, on aura les mêmes résultats contestés. C’est dire qu’il y a encore du chemin à faire. Mais, on peut et on doit commencer s’il y a de la bonne volonté de part et d’autre.

Pourquoi le recomptage des voix proposé par certains observateurs de cette crise ne reçoit pas l’approbation des deux parties ?

En fait, le simple recomptage ne résout pas le problème. Prenons par exemple une région entière ou un candidat n’a eu que « zéro voix » et où donc le bourrage d’urnes est avéré. Va-t-on attribuer les « bons résultats » au bénéficiaire de cette forfaiture ? Si l’on considère le problème de la Côte d’Ivoire du point de vue strictement électoral, le panel de chefs d’Etat n’aura finalement qu’à se pencher sur le contentieux dans les zones où les élections ont été frauduleuses et refaire le travail déjà fait par le Conseil constitutionnel. A ma connaissance, les partisans de Gbagbo ne s’opposent pas au recomptage. Mais la crise va au-delà de la simple question électorale. On oublie qu’il y a une armée loyaliste qui a eu à affronter la rébellion.

Le Fpi rappelle souvent qu’il n’a exercé que 02 ans sur son premier quinquennat, avant le putsch manqué de 2002. Au regard du très bon score réalisé par M. Gbagbo lors du premier tour de cette présidentielle, son éventuel retrait du pouvoir ne préparerait-il pas la voie à son retour démocratique et triomphal dans les urnes en 2015 ?

Un président de la République doit quitter le pouvoir s’il est régulièrement battu aux élections ; L. Gbagbo l’aurait fait s’il avait été régulièrement battu. Ce qui n’est pas le cas. La même question peut être posée à son adversaire. Puisque celui-ci reconnaît la légitimité du Conseil Constitutionnel, au point de lui adresser son « serment » pour validation. Ne devrait-il pas s’incliner devant la décision confirmative dudit Conseil, quant à la victoire de son adversaire ?

Chaque fois qu’on évoque cette perspective (du retrait du Fpi), les pros Gbagbo répondent qu’ils ne font pas confiance à leurs adversaires politiques. Qu’est-ce qui peut donc encore réunir les Ivoiriens, quand on se rend compte que la crainte envers l’étranger ressurgit dans ce grand pays composé de diverses nationalités ouest-africaines ?

La question des étrangers existe dans de nombreux pays, y compris la France. La Côte d’Ivoire n’est pas un cas isolé : sous le régime du parti unique, la Côte d’Ivoire de Félix Houphouët-Boigny a réussi à recouvrir de vernis tous ces problèmes. Dès l’annonce de sa mort, le vernis a éclaté ; d’où le concept de l’ivoirité introduit par le Président Bédié pour écarter Alassane Dramane Ouattara, son allié d’aujourd’hui. La question maintenant réglée sur papier, il reste à la régler dans les cœurs. C’est pour cela qu’il faut de la patience pour que l’intégration se fasse complètement.

Thabo Mbeki, premier médiateur de l’Ua dans la crise ivoirienne, recommande dans son rapport définitif, qu’on « persuade Ado et Gbagbo » d’accepter la voie du dialogue. Ado et Gbagbo sont-ils radicalement opposés pour de bon ou c’est plutôt leurs entourages respectifs qui ne veulent pas de la paix en Côte d’Ivoire ?

Ce que vous dites a fait l’objet d’une discussion entre Thabo Mbéki et moi-même, lors de son passage à Abidjan, au lendemain de la prestation de serment de Laurent Gbagbo. Le Président Mbeki m’a dit que M. Gbagbo était prêt à discuter, mais qu’Alassane Ouattara était intransigeant, parce qu’il était soutenu par la communauté internationale. Voilà le problème. Si la pression était exercée sur les deux parties, au lieu de la situation qu’on connaît, le dialogue pourrait s’instaurer et aboutir à une sortie de crise. Je ne pense donc pas qu’il y ait une question d’entourage. C’est la communauté internationale qui a aggravé la crise.

Un certain nombre d’Africains soutiennent vaille que vaille L. Gbagbo, à cause de la fronde qu’il oppose à l’Occident en ce moment. L’eau, le téléphone, l’électricité, le Port d’Abidjan sont des secteurs qui demeurent dans les mains de multinationales françaises en Côte d’Ivoire. Le nationalisme de M. Gbagbo n’est-il donc qu’un vain mot ?

Etre nationaliste ne veut pas dire se couper du reste du monde. Les Ivoiriens sont prêts à coopérer avec tout le monde, mais connaissant bien L. Gbagbo, je peux dire qu’il ne demande qu’une chose : c’est qu’on respecte l’Africain comme étant un être majeur capable de décider de son destin.

Propos recueillis à Lomé par Edem Gadegbeku, © AfriSCOOP

SOURCE : http://www.afriscoop.net/journal/spip.php?article3065

vendredi 18 février 2011

MAIS OU EST DONC ALASSANE DRAMANE OUATTARA ?

MAIS OU EST DONC ALASSANE DRAMANE OUATTARA ?
par DANIEL NKOUTA

La situation postélectorale qui prévaut en Côte d’Ivoire semble, pour tout observateur politique vigilant, indiquer que l’initiative enthousiaste prise par le Président français Nicolas SARKOZY contre l’intraitable BETE Laurent GBAGBO, ce qui est un pléonasme, l’Ivoirien vrai, a finalement basculé la France dans un bourbier d’où elle ne pourra sortir qu’en y laissant l’essentiel de ses plumes. Et comme si cette maladresse politico-diplomatique ne suffisait pas comme auto-sentence, voilà que depuis quelque temps, la rumeur persistante de la mort à Paris d’Alassane Dramane OUATTARA place la France dans une situation plus qu’inconfortable tant sur le plan interne à la France que sous l’angle international.

Pour mieux comprendre ce qui a pu se passer, il faut tenter de regarder les évènements sur le rétroviseur  des relations françafricaines. En effet, secret de polichinelle, aux lendemains des indépendances, la France dans ses anciennes colonies sous la houlette du Président-Général Charles de Gaulle sorti dernier de l’Ecole Saint-Cyr soi dit en passant, a mis en place des Gouverneurs locaux censés s'assurer que les ressources naturelles et géopolitiques de ces pays bénéficieraient toujours à l'ancienne puissance coloniale. Lorsque ces Etats eurent la  possibilité d'élire démocratiquement leur représentant comme au Togo ou en République Centrafricaine, ceux-ci  furent renversés ou assassinés avec l'aide de l'Armée française, dont les seules victoires ont acquise en Afrique noire : le cas de Sylvanus OLYMPIO au Togo, qui envisageait de quitter la zone Franc, Abel GOUMBA à la suite de Barthélémy BOGANDA en Centrafrique, Mehdi BEN BARKA au Maroc, enlevé en plein Paris par les Services secrets français puis assassiné avec disparition du corps, Outel BONO au Tchad, Ruben UM NYOMBE et Félix MOUNIE au Cameroun.

Avec le savoir-faire de FOCCART, des pions au service de la France, le seul pays         aumonde qui a eu un Maréchal traitre à la patrie, furent portés à la tête de ces nouveaux pseudo Etats indépendants dont bon nombre sont issus des Services secrets français ou de l'Armée française. L’on peut sans risque de se tromper citer EYADEMA, Omar BONGO, SASSOU-NGUESSO, Idris DEBY, Bédel BOKASSA. Ces kleptocrates dictateurs mandatés par la France ont obtenu avec le temps, pour ceux qui ont réussi à se maintenir, une certaine autorité et autonomie au regard de la France et sont régulièrement réélus grâce à des élections présidentielles truquées sous le guidage de leurs parrains français, quelque fois, tel est le cas du Congo avec SASSOU devenu SASSOU-NGUESSO, sous le couvert d’un vocabulaire trompeur marxiste.  C'est ce qu’il est convenu d’appeler des ''Gouverneurs à peau noire'' pour reprendre l'expression de François-Xavier VERCHAVE, qui ont fait de nos pays des véritables excroissances de la France dirigées conjointement par Jacques FOCCART, le Parti Gaulliste, puis le Parti Socialiste et la Société Elf.Un exemple qui résume toute la situation sans qu’aucun commentaire ne soit nécessaire : le 15 juillet 1960, un mois avant que le GABON n’accède à son autonomie ou indépendance pour utiliser le vocable consacré par abus de langage, Michel DEBRE Premier Ministre français écrivant à Léon MBA ordonne :
« On vous donne l’indépendance à condition que l’État, une fois indépendant, s’engage à respecter les accords de coopération. L’un ne va pas sans l’autre. »

Le ton était donné, comme pour sceller durablement leurs relations futures, pour le meilleur et pour le pire. On comprend pourquoi la France s’insurge contre Laurent GBAGBO qui refuse l’intégration dans le système. Pour perpétuer le système justement, la France veillera au grain. Au GABON  l’aggravation de l’état de santé de Léon MBA qui croulait sous le poids d’un cancer contre lequel hélas la françafrique ne pouvait rien, hospitalisé à Paris en août 1966, Léon MBA y meurt. La nouvelle du décès sera gardée secrète par les Services secrets français pendant des longs mois puis, suite à un bricolage constitutionnel, Albert Bernard BONGO qui deviendra plus tard El Adj Omar BONGO une pure création néocoloniale, sera mis en place à la tête du GABON par Jacques FOCCART, juste après avoir annoncé la mort de Léon MBA qui serait alors survenue à Paris en 19667. Il fallait pour la France assurer le relai militaire français dans la guerre du Biafra qui fera 1 à 2 millions de morts. Dès lors la France peut accélérer ses livraisons d'armes au Biafra via Libreville avec le soutien de Félix HOUPHOUËT-BOIGNY. Mais le Président nigérian actuel simple intérimaire d’ailleurs, a la mémoire courte.

En 2009, toujours au GABON sous-préfecture de la France, après avoir soi-disant suspendu ses fonctions le 6 mai à Libreville suite au décès de son épouse qui l’avait affligé, le plus ancien Chef d’Etat africain, 73 ans, dont 42 au pouvoir, est, dira-t-on, le 21 mai admis à Barcelone dans une Clinique espagnole pour un simple bilan de santé selon Libreville, mais dans un état grave, soigné pour un cancer, selon d’autres sources. C’est à bord d’un avion médicalisé que le Président gabonais aurait gagné l’Espagne.
Le lundi 08 juin 2009 Fraternité Matin annonce que le Président gabonais, Omar BONGO ONDIMBA est mort des suites d’un cancer dans une Clinique de Barcelone, nouvelle qui sera immédiatement démentie par le Gouvernement gabonais, puis, devant la révélation de l’information par le Gouvernement espagnol, la nouvelle est finalement rendue officiellement publique. Avant cette annonce, l’actuelle Président Ali BONGO s’est rendu dans la plus totale discrétion à Paris pour prendre les ordres, après avoir fermé les frontières.

En Côte d’Ivoire, là aussi, la mort de Félix HOUPHOUËT-BOIGNY aura mis du temps pour être rendue publique par les autorités françaises, avec la complicité du même Alassane Dramane OUATTARA qui, en violation de la Constitution qui prescrivait qu’en cas d’absence du Président, l’intérim serait assuré par le Président de la République, a tenté d’user de sa qualité de Premier Ministre pour usurper le pouvoir, avant de se voir chasser par le PDCI.

Aujourd’hui, des sources insistantes et concordantes proches de l’Hôpital militaire parisien du Val de Grâce font état de la mort d’Alassane Dramane OUATTARA, des suites d’un mal pernicieux qui l’avait déjà fait s’effondrer devant tous à une date très récente au Golf Hôtel. Son évacuation sanitaire pour la France avait alors été décidée.

Depuis,  on assiste à une avalanche de messages de confirmation de sa mort qui inondent la   rédaction de certains organes de presse. Ces sources situent l’arrivée de OUATTARA à Paris au 08 janvier 2011 par vol privé SWK 4834. Le jet privé affrété pour son évacuation sanitaire aurait atterri à l’Aéroport militaire de Villacoublay. A son bord, le couple OUATTARA, le couple BEDIE, le Général PALENFO et d’autres personnalités de l’entourage de OUATTARA. Suite à ses complications de santé consécutives à un mal pernicieux qui le rongeait au niveau de la poitrine, il serait entré dans un coma profond pour ensuite tirer sa révérence.

A la suite de certaines indications en ma possession, j’ai personnellement, dans un premier temps, pensé à la thèse d’une diversion avec sa mort, pour distraire les Ivoiriens et l’opinion internationale, pendant que se préparait l’attaque de la Côte d’Ivoire pour enlever Laurent GBAGBO, entre le 19 et le 23 janvier 2011 car, Air France avait curieusement annulé ses vols en partance et en provenance d’Abidjan à ces dates.  J’ai exprimé cette inquiétude en ligne sur un site internet.

Mais aujourd’hui, de nombreux éléments successifs tendent à corroborer la mort de OUATTARA, car comment autrement comprendre le fait que la mission de la médiation de l’Union Africaine conduite par le Premier Ministre Kényan, Raila ODINGA, pourtant acquis à la cause de OUATTARA, après s’être entretenue avec Laurent GBAGBO, n’a pu rencontrer Alassane Dramane OUATTARA, et cette mission aura finalement été reportée par deux fois  sans jamais plus avoir lieu, jusque dernier sommet des Chefs d’Etat ? Mystère pour mystère, plus troublant est tout de même le fait que les Experts commis par le panel des cinq Chefs d’Etat de l’Union Africaine pour faire le point sur cette crise, qui viennent de séjourner à Abidjan, n’ont pu eux aussi rencontrer Alassane Dramane OUATTARA. Ils se sont contentés de Guillaume SORO. Alors, où est actuellement Alassane Drame OUATTARA ? L’Afrique progressiste défie le Gouvernement français, l’ONUCI, l’Union Européenne et Jean PING le gabono-coréen cousin germain de Ban Ki MOON et de CHOI le trio coréen patenté pour réussir la sécession de la Côte d’Ivoire à l’instar de la Corée,  à nous le présenter vivant. Nous attendons qu’il prenne parole en public.

AH ! Omar BONGO ONDIMBA ! après avoir cannibalisé les richesses gabonaises, il a fallu que tu empoisonnes le continent tout entier en nous léguant des gabonais aux yeux bridés. Et comment des Chefs d’Etat sérieux ont-ils pu admettre de placer à la tête de la Communauté internationale, un personnage comme Ban Ki MOON, issu d’un pseudo Etat la Corée du Sud , cette fiction produit des puissances occidentales ?

Pour refaire une brève incursion dans l’appréciation de cette crise postélectorale, faisant litière des mes considérations politiques en faveur de Laurent GBAGBO dont je n’ai pas à me cacher, au contraire, je dirais en tant que juriste, que dans une procédure, un Avocat, au même titre que le Ministère public qui plaide à charge, défend avant tout là règle de Droit. Les arguments à charge et à décharge s'affrontent et c'est au terme de cette joute oratoire que peut émerger la décision. C'est pour cette raison qu'un Avocat commis d'office par exemple, doit et peut défendre un violeur multirécidiviste car, défendre n'est pas innocenter bien sûr, sans être en contradiction avec la morale du Droit.

On a beau ne pas avoir la moindre sympathie pour Laurent GBAGBO, la logique juridique voudrait simplement que l’on constate que le Conseil Constitution a tranché. L’homme a beau être perçu comme un tyran, seul le peuple ivoirien est moralement et juridiquement  habilité à lui couper la tête. Ni l'ONU, ni la France, ni les USA ni la CEDEAO ni l’UA, ni UEMEOA n'ont à appuyer la prétendue légitimité de OUATTARA par une présence militaire sur le territoire ivoirien, sans se rendre coupable d’ingérence dans la politique interne d’un Etat souverain. Le Droit a sa morale que la morale ignore. Ce qui se passe en Côte d’Ivoire pose le problème du respect de la souveraineté de ce pays voire des pays au Sud du Sahara.

Enfin, ce qui est terriblement affligeant dans cet abattage médiatique orchestré par les puissances occidentales pour préserver leurs intérêts contre la pénétration en Afrique par la Chine, c’est la subite cécité fasse à ce fait pertinent. Depuis bientôt deux mois, tous les appels à lé désobéissance civile, à la grève, au soulèvement lancés par OUATTARA sont demeurés lettre morte. En revanche, nous voyons chaque jour à la Télévision d’Etat, la succession des Chefs traditionnels de Côte d'Ivoire du Nord au Sud de l’Est à l’Ouest en passant par le Centre monter au créneau pour dénoncer les exactions commises par les rebelles de SORO fiancés par OUATTARA  pendant et après les élections. La base électorale et la jeunesse du PDCI dont le chef BEDIE est volontairement réfugié avec OUATTARA, l’Armée, la Police, La Gendarmerie, toutes les institutions paramilitaires, les Préfets, les Associations d’intellectuels de juristes comme celle des Avocats, celle de défense des droits de l'homme, celle des femmes, les associations des étrangers en Côte d’Ivoire, les Syndicats, les Confessions religieuses tous, chaque jour qui passe depuis, défilent pour exprimer leur allégeance à Laurent GBAGBO et à la Constitution du pays.

Dans un tel contexte où Alassane Dramane OUATTARA apparaît véritablement comme un Président virtuel manquant de support concret dans la population ; il paraît tout de même peu crédible d’espérer qu’il a battu Laurent GBGABO à la Présidentielle.

Un meeting tenu au Nord par un chef rebelle dans la zone sous le contrôle des rebelles de Guillaume SORO, filmé et diffusé par la Télévision depuis quelques jours, apporte la preuve que c’est Alassane Dramane OUATTARA qui a fiancé les rebelles qui ont désolé le pays. Cela ressort clairement de l’aveu de ce chef rebelle. Ignorant tous ces faits, l’on continue à présenter Laurent GBAGBO comme celui par qui le malheur est arrivé.