Derrière le prétexte de la lutte contre l’immigration :
la xénophobie, la négrophobie et le racisme
« Je suis dans le malheur.
Je ne veux pas retourner dans un pays noir. »
Bouna Wade, Sénégalais de 17 ans,
mort le 9 juin 1999 en tentant
de rallier clandestinement
la France par avion.
Nous sommes en 2007. La campagne et les élections
présidentielles françaises sont terminées. Il y a eu un avant. Il y a un
après. Le peuple français a décidé et a fait son choix. Maintenant,
qu'on le veuille ou pas, qu'on ait été pour ou contre l'homme qui a été
élu président de la République, la logique voudrait qu'on l'accepte
comme tel.
Dans cette nouvelle phase, il faut le dire, ce n'est pas de
l'homme qu'il est question, mais de ses idées précisément. Durant toute
la campagne, on n'a pas ou très peu entendu de politique étrangère,
notamment de l'Afrique. Chaque fois, de l'Afrique, il n'a été question
que de l'immigration. Mais l'Afrique, ce n'est pas que
l'immigration. L'Afrique, ce sont des femmes, des hommes, des jeunes ;
bref, des êtres humains, des peuples. L'Afrique, ce sont des régimes
politiques. L'Afrique, c'est aussi les droits de l'homme. L'Afrique,
c'est aussi la politique africaine de la France qui n'a jamais changé
d'un iota depuis des décennies.
Cela dit, la clé pour résoudre le problème de l'immigration est
dans ce qui précède. Certes, l'homme en général a toujours été un être
mouvant. Il a toujours bougé. Mais les vagues de déplacements des êtres
humains que j'appellerai
« exode » ont une autre explication. La première question que moi-même je me poserais est celle de savoir :
« P
ourquoi
tant d'hommes, tant de femmes, tant de jeunes, au lieu de rester chez
eux, préfèrent-ils quitter leur pays, partir loin, parfois et bien
souvent au péril de leur vie ? ».
A moins de vouloir changer d'air, voir d'autres horizons, ce
qui est aussi normal, je sais seulement qu'on ne fuit pas son pays par
plaisir, pour aller mettre sa vie en danger. Je me souviens de ces
jeunes qui sont morts dans des trains d'atterrissage d'avions.
Malheureusement, on a très vite oublié, par cette mort atroce, cette
alerte, cette sorte d'appel au secours exprimé dans leurs messages de
détresse lancés à titre posthume. Vite oubliés ! Personne ne s'est posé
la question après. Personne ne s'est interrogé. Si ! Tout le monde sait
et connaît la réponse et la suite à donner aux conséquences de ces
tragédies, mais on se voile la face. Après tout ce n'est qu'un cas
exceptionnel, rare. Il n'y a donc pas drame.
La clé est donc dans : « Que faire pour éviter tout cela ? ».
Au-delà de la France, c'est à l'Europe qu'il revient de revoir la copie
de sa politique africaine. Car, on ne peut impunément continuer de
fermer les yeux sur les pratiques politiques dans ces pays où des
guerres interminables sévissent et déciment des populations entières. Le
Rwanda, la Centrafrique, le Tchad, la RDCongo (Kinshasa), l'Angola, le
Congo-Brazzaville, la Côte d'Ivoire, etc., sont des cas inoubliables.
Au-delà de l'immigration décriée en France, c'est plutôt de l'exil, de
l'exode qu'il faut parler. Car, outre les guerres, il faut aussi parler
des chefs prédateurs qui, comme dans un système de vases communicants,
trouvent des complices ailleurs. Et, dans ce jeu de pillages, de
détournements de fonds, le grand bénéficiaire, c'est d'abord l'Europe
avant les autres. Et elle est donc obligée de fermer les yeux. Ceci
expliquerait-il cela ?
Comment faire alors ?
Plus de quarante ans aujourd'hui, quarante-sept ans
précisément, il est toujours interdit de toucher au marché de dupes, de
truands, et de pilleurs séculaires qui consacre le « Pacte colonial »
[1]
et sacralise la kleptocratie dans ces pays avec la connivence de
l'Europe en général et de l'Etat français en particulier. Quiconque ose y
toucher se voit tomber la foudre de Paris sur la tête. Ceci explique
les flux migratoires massifs Sud-Nord. Et tant que l'Europe, la France
en particulier n'auront pas mis fin à ce pillage séculaire, surtout à
l'affectation et l'installation dans nos pays des « Préfets de région »
ou des « Gouverneurs généraux-Présidents » au service de la France, le
problème de l'immigration Afrique-Europe (Sud-Nord) ne sera jamais
réglé, et les pays dits du Nord, c'est-à-dire l'Europe, seront
confrontés à cette immigration pour très longtemps.
En règle générale, personne n'aime partir, quitter, plutôt fuir
son pays. Alors, si on veut réellement endiguer ce fléau à défaut de le
stopper net, c'est cette situation qu'il faut avant tout régler,
c’est-à- dire :
« Cesser d'installer, de soutenir et de cautionner en
Afrique des régimes politiques de moralité peu recommandable. Humaniser
et civiliser les pitbulls et autres rottweilers que l'Europe et la
France en particulier affectent ou installent dans ces pays pour les
besoins de leurs intérêts, et au grand mépris des vies humaines ».
Alors seulement les Africains seront heureux de rester et de vivre chez eux
[2].
Après le plan « A », celui qui consiste à monter les opérations
de parachutage et d'installation au pouvoir des dictateurs criminels et
des kleptocrates en Afrique, il doit bien exister dans les archives
françaises un plan « B », pour le cas où… !
De l’ADN aux « Non-Aryens » demain ?
Tous à nos langues respectives. Le top est donné par la France. Mais en même temps, un débat à enrichir est ouvert.
Récemment, courant septembre 2007, la France a fait voter une
énième loi sur l’immigration ordonnant et imposant la connaissance de la
langue française avant de postuler à un éventuel séjour en France.
Cette loi inclut et impose le prélèvement de l’ADN de tout postulant à
l’exode, sous le prétexte de mieux confirmer la filiation des enfants
avec leurs parents dans les cas de regroupement familial.
Cette loi inique et abominable dans son genre, fait retourner la France à la III
e et la IV
e République, et rappelle les moments sombres du régime de Vichy des années 1940, de sinistre mémoire.
La crise économique, comme celle des années 1940, qui a poussé
le régime de l’époque à prendre des décisions d’expulsion des Juifs et
autres étrangers au nom de l’économie nationale, oblige le gouvernement
français, en 2007, à adopter des mesures similaires. La seule
différence, et de taille, est que le régime français du XXI
e siècle est allé plus loin avec son exigence d’ADN.
Ceci étant, comment prouver la filiation d’un enfant adultérin
ou celle d’un enfant adopté ? Comment prouver la filiation d’un enfant
obtenu par insémination dont le donneur est anonyme, le père légitime
ayant été scientifiquement déclaré stérile ?
Il n’y a pas au monde un seul pays où il n’y a pas d’étrangers.
Partout où il y a un être humain, il y a un étranger. Partout, à
travers le monde, sur tous les continents, dans tous les pays, on
rencontre des Français et des personnes de diverses nationalités. A
travers le discours de M. Nicolas Sarkozy, il est facile de comprendre
que, selon lui, les malheurs de la France, le chômage, seraient du fait
des étrangers, des immigrés. Soit.
Mais au regard de la tournure que prend la situation, comment
fera-t-on pour reconnaître dans la rue celle ou celui qui est immigré et
celle ou celui qui ne l’est pas ? Dans ce pays, il y a des Noirs, des
Arabes, des Jaunes et autres Bronzés Français issus de son Empire
colonial. On dit que ce sera la tâche de la Police et la Gendarmerie
pour débusquer les « indésirables ».
Seulement voilà, les Policiers et les Gendarmes sont aussi des
êtres humains. Avec l’avalanche des lois déjà existantes, ils sont
indiscutablement débordés. Pour leur faciliter la tâche et éviter ainsi à
ceux qui ne sont pas concernés par ces mesures, les tracasseries
policières inutiles, ne serait-il pas plus judicieux, comme cela s’est
fait il n’y a pas très longtemps, d’instaurer un système qui puisse
faire en sorte que l’étranger vivant en France soit facilement repérable
et reconnaissable dans la rue ?
Cela étant, ne serait-il pas préférable qu’on délivre à tous
les étrangers ou immigrés des badges jaunes ou rouges sur lesquels
serait imprimée la lettre
« E » comme étranger bon à expulser ou
« I »
comme immigré, sous-homme indésirable ? Ce qui les distinguerait des
autres Français de souche Noire, Jaune et Arabe, à moins qu’on mette
tout le monde dans le même sac, et peu importe qu’ils soient Français ou
pas, le seul critère étant la couleur de leur peau.
La solution la plus facile à ce problème épineux est qu’il faut
donc que tous les étrangers, tous les immigrés se mettent à porter sur
leurs habits un badge frappé d’un « E » ou d’un « I ». Ce badge peut
être métallique ou plastifié (style pin’s) ou en tissu, avec la lette
« E » ou « I » imprimée en rouge ou jaune.
De la langue française
Tout être humain ayant décidé de vivre dans un pays autre que
le sien propre où il est né est obligé d’apprendre et de savoir parler,
lire et écrire la langue du pays qui l’a accueilli. Cela est aussi
simple et vieux comme le monde.
Mais que cette nécessité soit un programme ou un thème de
campagne électorale et un programme de gouvernement, cela devient
inquiétant, très inquiétant. Non pas seulement pour ceux qui vivent en
France métropolitaine et dans ses DOM-TOM (colonies déguisées), mais
aussi et surtout pour les Français qui aiment voyager, qui aiment élire
domicile aux quatre coins du monde, où ils se trouvent souvent en
terrain ou territoire conquis.
Devant cette surenchère, je ne crains qu’une chose : « la
réponse du berger à la bergère ». Je crains simplement que l’arroseur ne
soit arrosé à son tour. Ceci dit, pourquoi les Chinois, les Japonais,
les Russes, les Australiens, les Néo-Zélandais, les Danois, les
Allemands, les Suédois, les Finlandais, pour ne citer que ceux-là,
n’exigeraient-ils pas, à leur tour, des Français d’apprendre leurs
langues depuis la France avant de partir y vivre ? Pourquoi les
Africains n’exigeraient-ils pas qu’un Européen en général, et un
Français en particulier, apprenne depuis son pays, le lingala, le
kikongo, le wolof, le mandingue, le swahili, l’arabe, le sango, etc.,
avant d’émigrer dans les pays où ces langues sont pratiquées ?
Hier, la France a décidé et imposé la Carte de séjour et le
visa obligatoire à tous les ressortissants des pays pauvres en
particulier. La mesure s’est généralisée partout, même si les Consulats
africains les délivrent avec beaucoup plus de condescendance, de
facilité aux occidentaux qu’ils n’en délivrent, eux, surtout aux Noirs
et aux Arabes, avec la même promptitude.
Aujourd’hui, après la Carte de Séjour et les visas, c’est la
langue française et la production de l’ADN qui sont exigés à tous les
étrangers et particulièrement aux Noirs d’Afrique.
Demain, après la langue et l’ADN, sera-t-il exigé le critère de la peau ?
Demain, demandera-t-on aux non-Blancs de devenir d’abord Blancs
avant d’émigrer vers les pays des Blancs ? Et l’inverse sera-t-il aussi
possible ?
Et si demain les Noirs et les Arabes demandaient eux aussi aux
Blancs de se faire Noirs ou Basanés avant de prétendre vivre dans un
pays non-européen, non-Blanc ?
Ainsi, des Non-Blancs on passera aux « Non-Aryens », comme aux siècles derniers.
Pourquoi, comme sous la IIIe République, ne pas faire réimprimer des timbres poste sur lesquels serait imprimée la mention :
« Sauvons la race » ?
Le débat que vient de soulever le président Nicolas Sarkozy est
un faux débat. Cependant le problème qu’il pose est dangereux pour
l’humanité, car au-delà de son exigence se profile et se cache une
arrière-pensée, un Non-dit mal camouflé, tellement il est limpide. Il se
résume par une simple phrase :
« la culture de la haine et du rejet de l’autre » qui, elle, risquera d’entraîner ou d’engendrer des comportements inacceptables et très regrettables.
Dommage que la France, le pays des Lumières, la Patrie des
Droits de l’Homme et Fille Aînée de l’Église Catholique, en soit réduite
à ce point ! Mais une question tout de même, la langue française
serait-elle en perte de vitesse ? Est-ce par ce moyen qu’elle assurera
son expansion, si ce n’est pour accélérer sa perte de vitesse ?
Tous les grands-parents et parents du président Nicolas Sarkozy
savaient-ils tous parler, lire et écrire le Français avant d’émigrer et
de débarquer en France ?
Le pire, dans tout ça, est que c’est comme ça que ça commence.
Hier encore, on est parti de l’exclusion des Non-Blancs à la
barbarie institutionnalisée avec la destruction des Indiens,
l’anéantissement des Noirs dont on a fait une marchandise. Puis on
réactualisera le poids idéologique de la suprématie blanche (exclusion
des non-Blancs et des « non-Aryens »).
Le politique qui devrait éduquer son peuple et lui dire que
l’homme est universel, qu’il est interdit d’exclure, de rejeter l’autre,
est le premier à sacraliser cet interdit. D’ailleurs le thème de la
génétique n’est pas innocent. Il a été employé, utilisé à dessein. Au
rythme où vont les idées, demain on répétera qu’un Noir ou un Arabe
n’est pas un être humain. On reviendra aux vieilles recettes des XIII
e et XIV
e siècle.
Le président Nicolas Sarkozy a sa langue, mais pas toutes les
matières premières dans son pays. Il n’a que des idées. Et demain, si
ces autres peuples qu’il répugne et dont il refuse de reconnaître les
souffrances et les atrocités subies refusaient de parler sa langue et
lui disaient qu’avant d’exploiter nos richesses, il faut d’abord
apprendre nos langues ? Soulèvera-t-il des armadas, des troupes et des
blindés pour aller mâter ces « insoumis », ces « sauvages », ces
« sous-hommes » ? Car c’est avec ces vocables qu’on les désignera, comme
par le passé.
En tout cas, j’ai la faiblesse de penser que cette affaire de
langue, surtout de l’ADN, soulevée et légiférée par le président de la
République Française, en 2007, est une affaire qui risquera d’aller plus
loin et de poser ou d’entraîner d’autres problèmes auxquels son
géniteur n’a certainement pas pensé. J’ose tout de même espérer qu’il a
mesuré toute son ampleur.
Pour éviter les hordes de Nègres aux frontières de la France…
En posant le problème de la langue et de l’ADN qui serait un
handicap majeur pour certaines catégories humaines, le président Sarkozy
voudrait par là essayer d’endiguer le problème de l’immigration. Quoi
de plus normal que de vouloir réguler le flux migratoire, même si depuis
la nuit des temps l’homme a toujours voyagé et qu’il est un éternel
immigré
[3].
Le disant, nous savons tous que les premiers visés, ce sont les
Arabes et surtout les Noirs d’Afrique, ces indésirables dont les
parents ont versé leur sang pour un pays qui ne les reconnaît plus, un
pays ingrat
[4].
Le président Sarkozy et son gouvernement omettent
volontairement qu’il existe, encore aujourd’hui, ce que les Africains
appellent « Le Pacte colonial ».
Récemment, il a reçu les barons de la Françafrique, les piliers
de ce pacte colonial. Mais qu’est-ce que c’est le pacte colonial pour
lequel il ne dit mot ni ne remet en cause ? Le président Sarkozy et son
gouvernement, en raison des batteries et avalanche de lois contre
l’étranger, mettront-ils fin à ce pacte ? Supprimeront-ils la Cellule
Africaine de l’Elysée ?
La France du président Sarkozy, vecteur des « exodes » massifs,
par ses diverses mesures, mettra-t-elle un terme à la « Françafrique /
Mafriafrique » pour endiguer l’arrivée en masse de ces hordes de
sous-hommes indésirables ?
La France du président Sarkozy et son gouvernement aideront-ils
les peuples africains à se débarrasser des dictateurs, des criminels,
des kleptocrates et autres Préfets de région qu’ils ont toujours pris
l’habitude et le soin d’installer dans nos pays en Afrique, voire
ailleurs ?
Cependant, derrière le prétexte de la lutte contre l’immigration : la xénophobie, la négrophobie et le racisme.
Jean-Claude Mayima-Mbemba
Exilé Congolais
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Complément de lecture :
- Pierre-Victor Malouet,
Mémoire sur l’esclavage des nègres, 1788
- Jacques Tarnero,
Le Racisme. Colonisation et colonialisme, Ed. Milan, 1995
-
Billet d’Afrique, septembre 2004, Odile Tobner, « Le racisme français »
- Koulibaly Mamadou,
Les servitudes du pacte colonial, Ed. CEDA/NEI, Abidjan, 2005.
- Odile Tobner :
Du racisme français. Quatre siècles de négrophobie, Ed. des Arènes, Paris, 2007.
- Louis Sala-Molins,
Le Code Noir ou le calvaire de Canaan, PUF, Paris, 1987
- André Castaldo (introduction de Christiane Taubira),
Codes Noirs de l’esclavage aux abolitions, Dalloz, 2006
[1] Pr. Mamadou Koulibaly,
Les servitudes du pacte colonial, Ed. NEI/CEDA, Abidjan, 2005
[2] Cf. : Blog Congo-Mfoa :
http://la-lettre-du-congo-mfoa.over-blog.com
[3] Mage Tristan,
La
dérive de Charles Pasqua : Étude comparative de son projet de Loi
relatif à l’immigration et aux conditions d’entrée, d’accueil et de
séjour des étrangers en France avec les décrets, lois et textes en
vigueur, Paris, Tristan Mage Editeur, 1993.
[4] Eric Deroo et Antoine Champeaux,
La Force Noire. Gloire et infortunes d’une légende coloniale, Tallandier, Paris, 2006.