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jeudi 25 octobre 2012

[France/Afrique] "Le temps de la Françafrique est révolu"

« Le temps de la Françafrique est révolu. »
- Oui monsieur Hollande, mais les actes, c’est maintenant !
Par Lawœtey-Pierre AJAVON

Enseignant-chercheur en Histoire et en Anthropologie, Lawoetey-Pierre AJAVON est Docteur 3ème cycle en Ethnologie et Docteur d'Etat ès Lettres et Sciences Humaines (Anthropologie des Sociétés Orales). Il est auteur de plusieurs articles dans des revues spécialisées, et d'un ouvrage « Traite et esclavage des Noirs, quelle responsabilité africaine ? » paru aux éditions Ménaibuc à Paris.
Le 14ème sommet de la francophonie a vécu. Sans doute également la Françafrique avec, si l’on en croit les déclarations du Président français, François Hollande, lors de son discours devant les députés sénégalais le 12 octobre dernier.
Sortie remarquable du Président qui semble avoir réussi son pari à Dakar, pour sa première visite sur le continent noir. Néanmoins, les Africains circonspects, instruits par les promesses non tenues de ses prédécesseurs, ont osé tout simplement brûler la politesse au nouveau locataire de l’Elysée, en proclamant urbi et orbi : « le Grand Sorcier Blanc est encore venu nous blaguer-tuer comme tous les autres.» Traduisez, en français mariné à la sauce abidjanaise, « le nouchi », Hollande va nous rouler dans la farine. Sentiment que résume parfaitement un autre ivoirien cité par un site panafricain : « Il faut pas nous baga-baga (tourner en bourrique)… Ils commencent tous pareil, les présidents français, avec les mots : nouveau souffle, nouvelle amitié, nouveau bla-bla-bla… »

Aussi, sur le continent, il y a belle lurette que les promesses venues de l’ancienne puissance coloniale ne font plus recette. Et pour cause : le discours de La Baule de Mitterrand au milieu des années 90 sur l’accompagnement des processus démocratiques dans son pré-carré francophone ainsi que la promesse de rupture prônée au début de son quinquennat par le président sortant, Nicolas Sarkozy, ont laissé un goût amer chez bon nombre de démocrates africains.

On comprend pourquoi, de Dakar à Kinshasa, en passant par Abidjan, Bamako, Libreville et Lomé, le discours de François Hollande, au-delà des applaudissements nourris, mais mesurés, entendus dans l’enceinte de l’assemblée nationale sénégalaise, a laissé plus d’un dubitatif, sinon assez sceptique quant aux actes concrets susceptibles d’accompagner les louables proclamations d’intention et professions de foi de l’auto-proclamé « Président du changement ».

Même s’il s’en défend, le Président Hollande aurait tenté de prendre le contre-pied du brûlot raciste et condescendant de Nicolas Sarkozy à Dakar même en 2007. Aux antipodes de ce dernier, le nouveau Président s’est voulu rassurant dans son discours aux accents respectueux des valeurs et de l’Histoire de l’Afrique. Propos par ailleurs doublés d’une certaine repentance, quoique timorée. L’observateur averti dira qu’il est allé plus loin que son prédécesseur, en posant quelques actes symboliques qui ont fini par réconcilier certains Africains avec la Gauche française.

Toutefois, les opposants Congolais pourront continuer à ronger leur frein.  Pour ne pas froisser le Président Laurent Kabila, prudent, François Hollande s’est uniquement contenté devant son hôte de quelques piques, évitant soigneusement de nommer les dinosaures africains qui s’accrochent  au pouvoir contre la volonté de leurs peuples. Foin de la dénonciation des fraudes et irrégularités lors des dernières élections au Congo Démocratique. Foin également des auteurs de viols, crimes, et pillages dans l’Est du Congo soutenus par leurs parrains ougandais et rwandais.

Foin enfin de nombreux sujets qui fâchent, comme l’avenir du franc CFA, monnaie naguère arrimée au franc, et qui aliène depuis 50 ans les quatorze pays de la zone franc, au profit exclusif de la Banque de France, en vertu d’un vieux pacte colonial, dol et léonin. A quand donc la mise en place effective, à l’instar de l’Euro, du projet des chefs d’Etat africains d’Abuja, de la création d’une monnaie unique, véritable attribut de leur souveraineté ?

Quid de la présence des bases militaires françaises qui hypothèquent l’indépendance réelle de plusieurs pays francophones d’Afrique de l’Ouest ? Quid des visas français distillés aux comptes gouttes par les consulats de France représentés en Afrique, aux enseignants-chercheurs, artistes, étudiants et hommes d’affaires africains à qui on rabâche les oreilles lors des grandes messes de la Francophonie, des bienfaits de l’universalité ainsi que de la solidarité de « la grande famille » de tous ceux qui ont en partage la langue française ?

Toutefois, qui en voudra à François Hollande de stigmatiser la cinquantenaire Françafrique, avec sa cohorte de réseaux politico-mafieux ? Qui n’applaudira pas ce Président qui entend désormais nouer avec l’Afrique, des relations plus saines, dénuées de toute tentation d’assujettissement, de paternalisme et de connivence politicarde ? Sans doute, plus que nul autre, ce Corrézien d’adoption avait en mémoire pendant qu’il s’adressait aux députés sénégalais, la célèbre formule du journaliste Raymond Cartier dans les années soixante. « La Corrèze avant le Zambèze ». Aussi, prenant ici et maintenant toute la mesure des enjeux économiques de ce siècle dont l’Afrique, « continent d’avenir », constitue déjà l’un des théâtres majeurs, François Hollande a voulu, s’appuyant sur le rapport du Ministère français de la Défense, repositionner la France dans le jeu actuel où les pays émergents- la Chinafrique triomphante en tête- sont en train de concurrencer durement l’ex Puissance tutélaire. Selon ce rapport prospectif d’experts, « l’Afrique restera une zone de convoitise et de confrontations potentielles et une zone d’intérêt stratégique prioritaire pour la France ».
A Dakar comme à Kinshasa, les symboles forts, il y en eu : hommage à la démocratie sénégalaise, l’une des rares en Afrique francophone, visite de l’Ile de Gorée (un des hauts lieux de l’esclavage) ; reconnaissance du rôle de la France dans la Traite Négrière et dans la colonisation ; rencontre avec Etienne Tshisekedi, l’opposant historique aux dictatures de l’ex-Zaïre et de l’actuel Congo, sans toutefois légitimer, reconnaît le Président français lui-même, ce dernier ; attribution du nom de Floribert Chebeya, journaliste-opposant et militant des Droits de l’Homme congolais assassiné par le régime de Kabila à une médiathèque de l’Institut français de Kinshasa … Mais, peut-on se contenter des seuls actes symboliques qui à l’évidence ne seront suivis que de peu d’effets ?

Nous l’avons dit dans plusieurs chroniques ici même et ailleurs : les Africains ne sont plus dupes face à ces discours. Ils en ont entendu bien d’autres et n’ont rien vu venir. Au Togo, où le Collectif Sauvons le Togo (CST) de Maître Zeus Ata Messan Ajavon et l’ANC de Jean-Pierre Fabre s’opposent au régime en place, depuis plusieurs mois, mobilisant des milliers de Togolais ; au Gabon où, menée par M’ba Obame, une fédération de vingt partis réunis au sein de l’Union des Forces de Changement(UFC) conteste courageusement la dynastie des BONGO qui se maintient au pouvoir par le truchement des fraudes électorales ; au Cameroun où l’opposition tente de s’unir contre le régime corrompu de Paul Biya ; on rappelle qu’on n’a pas attendu le discours de Français Hollande pour diriger la fronde contre ces autocraties françafricaines.

Le Président français a promis de refermer la longue parenthèse des errements de la Françafrique. « Le modèle inégalitaire françafricain est révolu au profit d’un partenariat égal et le refus d’imposer ou seulement de proposer un exemple » affirme-t-il.

Aux Africains de prendre François Hollande au mot afin que, des promesses, il passe maintenant aux vrais actes. Les actes, c’est maintenant ! Les prochaines échéances qui se profilent dans le pré-carré françafricain constitueront une sorte de baptême de feu pour ce « Président du changement » qui vient de tremper ses pieds dans le marigot africain où le terme francophonie ne rime pas forcément avec démocratie et où, surtout, les gros caïmans ne se font aucun cadeau.
Lawœtey-Pierre AJAVON
Octobre 2012
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SOURCE : http://www.blada.com/chroniques/2012/8527-_Le_temps_de_la_Francafrique_est_revolu__.htm

mardi 17 janvier 2012

[Afrique] Le Franc CFA : un anachronisme colonial

Le franc CFA: un anachronisme colonial
Dimanche, 15 Janvier 2012 07:11
René Mavoungou Pambou
Tribune libre

La France perpétue une politique néocoloniale et prédatrice vis-à-vis des néocolonies de son pré carré africain. A l’évidence sans ces dernières la France ne saurait faire le poids sur la scène internationale. Non seulement l’Afrique lui procure l’indépendance énergétique, mais elle y tire également sa vigueur économique. Pour ce faire, le franc CFA (franc des colonies françaises d’Afrique) a été conçu et imposée depuis 1945 à 14 colonies pour le profit de la France principalement.  Le franc CFA est non seulement le seul système monétaire colonial au monde ayant survécu à la décolonisation, mais il est surtout  le pilier par excellence du pacte colonial, d’autant qu’il permet à la France de contrôler et de piller les économies des Etats faisant partie de cette zone monétaire. Il convient de signaler que l’une des clauses de ce pacte réside dans la centralisation des réserves de change. En effet, en contre partie de la convertibilité illimitée garantie par la France, les banques centrales africaines s'engagent à déposer au moins 65% de leurs réserves de change auprès du Trésor français, sur des comptes portant le doux nom de « Comptes d'opérations ». Imaginez-vous, 65% des avoirs (masse conséquente d’argent) de nos pays déposés chaque année dans un compte logé à l'étranger, alors que des infrastructures de base (hôpitaux, écoles, routes…) attendent d’être construites. A cela s’ajoute le fait qu’une bonne partie de la ponction, non moins importante, relative aux détournements des deniers publics opérés par les dirigeants africains finit dans des banques françaises.

Notons que ces Etats africains, une fois confrontés à des soucis de trésorerie, se tournent naturellement vers la France pour des prêts. Des prêts qu’elle leur accorde volontiers en puisant dans ces mêmes comptes d'opérations. Bien évidemment, le remboursement de ces prêts est soumis à des taux d’intérêt colossaux. Les congolais et toutes les populations de la zone CFA sont volés pour ainsi dire par un jeu monétaire subtil mais diaboliquement efficace de la France. On ne saurait hésiter de voir en un tel système l’incarnation achevée d’un néocolonialisme négrophobe.

On est face à un mécanisme de spoliation et d’asservissement financier pompeusement estampillé « légal ». Par ce système inique et pervers la France exploite plus que doublement les Africains. C’est ici le comble d’une Afrique à la fois riche, paupérisée et réduite en mendiante ! En somme, les Africains ploient sous le joug d'une servitude financière.  A cela s’ajoute le pillage de nos matières premières. La France prospère allègrement sur le terreau de la misère des Africains et contribue ipso facto au  développement du sous-développement. On ne le dira jamais assez la prétendue “douce” France et droit de "l’hommiste" est en partie responsable de la misère et de la  pauvreté chroniques imposées aux Africains. A quand la fin de cette exploitation éhontée et de la domination impérialiste? Ce siphonage de l’argent des Africains est tel que, étranglés par une misère épouvantable, ces derniers émigrent en masse à l’étranger, notamment en France. Mais paradoxalement ici, ils ne sont guère les bienvenus, car taxés d’envahisseurs indésirables qui arrachent le pain de la bouche des français. De par cette attitude incongrue et xénophobe, les français ne joueraient-ils pas les vierges effarouchées ?

De ce qui précède, la preuve indéniable nous vient des aveux sans ambiguïté de Jacques Chirac dans un entretien télévisé : " Une grande partie de l'argent qui est dans notre porte-monnaie vient précisément de l'exploitation depuis des siècles de l'Afrique ". De terribles révélations qui reposent le débat sur l’existence du franc CFA et l'indépendance monétaire voire économique des anciennes colonies françaises d'Afrique. " Il faut avoir un petit peu de bon sens, (...) de justice pour rendre aux Africains ce qu'on leur a pris d'autant que c'est nécessaire si l'on veut éviter les pires convulsions ou difficultés avec les conséquences politiques que cela comporte ", avait-t-il confessé.

La France perpétue sans état d’âme une  politique d’exploitation financière et de mainmise sur les matières premières de l'Afrique. C’est pourquoi tous ceux des leaders nationalistes africains qui osent remettre en cause le statu quo (l’ordre néocolonial) sont souvent évincés du pouvoir quand ils ne sont simplement réduits au silence. C’est ainsi que Sylvanus Olympio, premier président du Togo, sur le point de créer une nouvelle monnaie pour son pays, est assassiné le 1963 des suites d’un coup d’Etat commandité par la France. Thomas Sankara, après avoir compris le système pervers d’exploitation mis en place par les anciennes puissances coloniales, en vint à conclure que celles-ci devaient beaucoup plus les Etats africains, et par conséquent incitait les dirigeants du tiers-monde à ne pas honorer la lourde dette financière dont ils sont redevables vis-à-vis des pays occidentaux. Le France ayant estimé qu’il était trop dérangeant lui fit subir une fin tragique en 1987. Dans les années 70, Elf-Congo amorce l’exploitation du pétrole au Congo-Brazzaville, Marien Ngouabi, un tenant du marxisme-léninisme, se montre très critique vis-à-vis d’une France impérialiste, et est moins enclin à protéger les intérêts de celle-ci. Aussi la France est perçue par d’aucuns comme la main noire ayant commandité son assassinat. Pour avoir fait perdre à la France la gestion effective du pétrole congolais, en 1997 Pascal Lissouba, président démocratiquement élu, est renversé des suites d’un coup d’Etat sanglant avec bien sûr la complicité de l’Elysée. Récemment, lors de la crise post-électorale en Côte d’Ivoire, face à la stratégie d’asphyxie des banques ivoiriennes initiée par ses adversaires, Laurent Gbagbo a envisagé de quitter le franc CFA et créer une monnaie autonome. Ceci aura été la vexation de trop pour laquelle il s’est attiré davantage les foudres de la France au point de manquer in extremis la mort. Non contente de l’avoir arrêté et confié aux mains des FRCI, la France a fomenté son enlèvement et sa déportation à la CPI de la Haye (Pays Bas), et ce en violation flagrante de la procédure judiciaire. Il y a cependant lieu de déplorer la subordination ou du moins servilité aveugle de certains hommes politiques africains à l’endroit de la France. Ce qui les pousse à éliminer leurs compatriotes au nom des intérêts d’une puissance néocoloniale. La France profite sans complexe de la félonie des autocrates et autres potentats notoires qu’elle a hissé à la tête  des Etats de son pré carré !

En somme, on retiendra que la France rechigne quant à la pleine émancipation des Africains et leur refuse obstinément le droit à la souveraineté monétaire par le maintien d’un anachronisme colonial qu’est le franc CFA. C’est pourquoi il sied d’affirmer que la décolonisation est un processus inachevé dans ce sens que la prédation financière et économique du continent est toujours en vigueur et que la domination politique, militaire, culturelle de la puissance néocoloniale se poursuit. On ne saurait indéfiniment transiger avec la prédation encore moins de se complaire d’une pseudo indépendance! Il est donc impérieux pour les Africains de s’unir et ensemble de se battre en vue de la libération effective du carcan de l’asservissement sinon du joug néocolonial, car l’indépendance nominale octroyée n’est en réalité qu’une autonomie. La véritable indépendance, à laquelle nous aspirons, ne s’acquerra que de haute lutte. Il appert cependant que l’indépendance est une valeur qui vaut la peine qu’on se batte et qu’on se sacrifie pour elle. C’est pourquoi il convient d’avoir présent à l’esprit que de toutes les libertés humaines, la plus sacrée est l’indépendance de la patrie.

René Mavoungou Pambou

Ndlr - Le franc des Colonies françaises d'Afrique est devenu le franc de la Communauté financière africaine (Fcfa)

- Lire également : Koulibaly Mamadou, Les servitudes du pacte colonial, Ed. CEDA/NEI, Abidjan (Côte d’Ivoire), 2005.
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SOURCE : http://www.mwinda.org